Lavrio-Syros : plein d’images…

J’aime voyager. Je ne suis jamais allée loin, mais j’aime aller lentement, m’arrêter le plus souvent possible. J’aime le trajet en lui-même, et tout ce qui le borde. C’est pour cela que j’ai une grosse voiture, totalement surdimensionnée sur une île de 86km2 où il est impossible de passer la 5ème, et qui me coûte un saladier et la peau des fesses, mais dans laquelle je peux dormir où je veux en en faisant ma « maison » mobile. C’est ma « vie » en dehors des chats. La vie que je ne peux plus me payer depuis longtemps, parce que cela coûte trop cher et de voyager et de faire garder les chats. Je ne peux plus échapper à ma claustrophobie insulaire, qui me ronge la tête si fort et si cruellement.

Mais puisque je l’ai fait, voyager, me mouvoir dans l’espace, que j’y prends toujours un plaisir immense et que j’y jubile, et que ce blog des Chats de Syros est aussi le blog de celle qui vit cette vie, alors pendant ces jours si pénibles d’hiver déchaîné localement, j’ai envie de vous montrer ce que j’ai vu – comment j’ai vu.

Sounion. Comme je voyage sans carte, sans GPS, nez au vent, et surtout en me guidant avec le soleil, je ne savais pas que Sounion, un des plus sublimes temples de Grèce, est juste à côté (géographiquement, hein, pas par route !) du port, Lavrio, que j’ai fini par élire comme meilleur lieu de pénétration de la Cigale Syriote sur le continent des vastes espaces : trajet en ferry plus long, mais moitié moins cher et pour la voiture et pour les passagers, passage par des îles qui font rêver, vieux ferries qu’ il est impossible de ne pas aimer, et surtout arrivée ailleurs qu’au Pirée. Car, en tout cas pour moi, arriver au Pirée en voiture, c’est se prendre 10 ans de coup de vieux par le stress, la frénésie, la dinguerie bagnolesque qui vont avec : je suis prête à faire un détour de 100 bornes pour m’épargner cette épreuve. Cela implique de passer pas mal au nord d’Athènes, par des autoroutes pas trop délirantes, et c’est relativement bien indiqué.

Arrivée à Lavrio à la nuit (c’était en novembre, la nuit tombe très tôt), après avoir fait la route depuis Patras en un jet, mais siga-siga (lentement), et me demandant ce que j’allais pouvoir faire jusqu’au lendemain à l’aube, je vois quelques panneaux « Cap Sounion »… Quoi ? C’est là ? J’avais la nuit devant moi, à boire, à fumer, à manger et j’étais en forme. Et puis Sounion, c’était un lieu que j’avais connu il y a 40 ans, j’avais dormi dans les ruines de ce temple dédié à Poséidon le magnifique avec mon compagnon, le lever du soleil avait été totalement hallucinant, bref, c’était un lieu de mémoire fort important dans ma vie. Donc je suis le panneau.

Je les ai suivis très très aléatoirement, les panneaux, qui apparaissaient çà et là, mais rien de trop : de nuit, sans soleil, sans carte, sans personne dehors vu la nuit et le froid glacial, j’ai beaucoup erré dans cette péninsule, ces petites routes étroites, pleines d’embranchements sans indication, sombres, j’ai longé des centaines de maisons vides, avec parfois l’impression d’être totalement perdue, et un brin d’angoisse de l’être tellement que je louperais mon ferry du lendemain à l’aube… Et puis il est apparu au loin, illuminé, fabuleux, j’ai suivi les routes qui allaient dans cette direction, en me perdant encore pas mal.

Et, enfin, il était là, devant moi, proche. C’est la nuit noire, pas une lumière sinon le temple illuminé, je m’imagine déjà marcher comme il y a 40 ans dans les broussailles, puis parmi ces marbres, regarder la mer, fumer un clope, et saluer mon ami défunt dont l’âme certainement hante ces pierres, comme elle hante toutes les pierres de cette Grèce que nous aimions si passionnément.

Et je me heurte au grillage qui entoure, bien sûr, logiquement, évidemment, tout le site. Et bien sûr aussi, la taverne à touristes est fermée, mais depuis sa terrasse on voit le temple et on entend la mer furieuse battre contre la falaise. Pas de lune, rien à voir sinon les colonnes.

Je me suis donc installée sur un fauteuil que j’ai posé à l’abri du vent, et j’ai rêvassé, chanté, admiré. Des heures. Mon petit appareil photo n’aime pas la nuit, je me faisais secouer par le vent, pas de pied, bref, j’ai immortalisé la chose comme j’ai pu.

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Et puis je me suis remise en route, ça a duré de nouveau des heures pour retrouver le port de Lavrio, petit escargot, j’ai dormi comme un bébé dans la voiture, et le matin, ben le matin, c’était le retour à l’insularité, cette insularité qui me pèse depuis quelques années tellement fort. Toutefois, tant que je suis en mouvement, je regarde et prends plaisir…

L’aurore aux doigts de rose s’étire sur Lavrio…

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Un des très rares passagers du ferry…

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Mais toujours toujours quelques horreurs sur cette côte. Et la crise et le bradage des côtes grecques aux requins internationaux ne vont pas arranger la destruction de ces endroits magiques. Inutile de dire qu’il y a 40 ans, c’était sauvage et beau. Enjoy !

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Mais soudain je réalise que je n’en ai pas fini avec Sounion, le ferry passe au large de la péninsule du temple, auquel j’ai pu rendre un dernier hommage…

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Dernière vision : c’est le promontoire qu’on voit sur la deuxième ouverture depuis la gauche… D’où, sur un ferry agité par ses moteurs et les vagues, et notablement loin de la côte, la qualité des photos précédentes…

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Voilà. C’est fini, on longe encore la côte mais ça y est, retour sur Syros. Avec, je dois l’avouer, le coeur lourd. Seule lumière : revoir mes bêtes…

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Une poignée de passagers, sinon, le ferry à moi toute seule !

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Les cages pour les animaux embarqués : pas le pied en cas de tempête…

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Quand je dis une poignée de passagers, en fait ils se comptaient sur les doigts d’une main. Mais bon, un Lavrio-Syros fin novembre, c’était miraculeux que le trajet soit assuré dans ces conditions. Je ne suis même pas sûre qu’actuellement le trajet existe encore !

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Lumières de novembre…

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Arrivée à Ermoupoli, qui est tout simplement la plus belle ville (vraie ville je veux dire) de Grèce…

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Jolie mosaïque de couleurs, beauté homogène…

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4 thoughts on “Lavrio-Syros : plein d’images…

  1. La Troïka affame et pendant ce temps, les requins bétonnent ;o(
    Je me répète peut-être, mais tu as toute mon admiration de pouvoir vivre sur une île… moi je serais devenue folle depuis longtemps…

    • ;-)) rien à admirer. j’y suis depuis quelques temps contre mon gré, j’ai absolument aucun choix à part me flinguer, tu peux juste compatir !! bon, il y a des gens qui n’aiment pas voyager, ou qui aiment la mer, etc. mais moi j’aime parcourir, j’aime les distances, l’espace rempli de choses, j’aime musarder le nez au sol, savoir que devant moi il y a 10’000kms à découvrir, que je peux partir. j’ai besoin de points de fuite, et la mer pour moi (à part que c’est beau et que sa chanson est toujours belle) c’est juste rien à voir et une sorte de mur. bon, je vivrais au bord de la mer, ou pas loin, je l’aurais en paysage, ce serait peut-être différent. mais là, je suis entourée de collines (en valais c’était des montagnes), dans une oasis de verdure, sur une île. j’en suis un peu devenue dingue…

  2. Il y a 40 ans, le cap Sounion de mon enfance, je le visitais au clair de lune et il n’y avait ni grillages, ni taverne à touristes! La Grèce « sauvage », comme les autres pays côtiers, c’était vraiment super ! Et en nageant avec le tuba, on voyait plein de beaux poissons.
    J’aime beaucoup ce petit reportage mélancolique….

    • merci doudou. on a eu la chance dingue, le privilège magnifique d’avoir pu rêver avec cette Grèce d’alors, et d’emmagasiner des images, des goûts, odeurs, sons d’un monde presque disparu. presque. mais aussi on vit dans la douloureuse expérience, actuelle, de chercher à retrouver tout cela… pas facile !