Tagada Tsoin Tsoin

Tagada Tsoin Tsoin… La mère de Lipopette. Lipopette est stérilisée. Mais pas Tadaga (tsoin-tsoin).

Avant de connaître la nouvelle vétérinaire, Irini, je procrastinais, j’avoue. D’abord le prix dingue de ces stérilisations de chattes harets à la clinique principale de l’île (59€, sans compter la nuit en clinique ou l’antibiotique). Ensuite cette amputation de l’oreille, que je trouve hideuse et scandaleuse (et rien à faire pour obtenir autre chose que l’amputation du sommet de l’oreille gauche, par exemple une encoche sur le côté de l’oreille, qui se voit aussi bien et n’est pas aussi laide que l’amputation). Et Tagada est si jolie, pas envie de ça pour elle.

Et puis j’ai fait la connaissance d’Irini, 40€ la stérilisation de femelle haret, « tout compris » (avec la nuit en clinique et l’injection d’antibiotique retard). Mais j’ai fait stériliser d’autres chattes et d’autres chats avant Tagada. Et puis Tagada est tombée enceinte, bien sûr. Là aussi, procrastination. Elle devenait comme un ballon. Une remarque d’Irini qui me disait à quel point la stérilisation de femelles enceintes dont les petits auraient été viables lui était difficile – même si bien sûr elle le fait. Elle est « pro » mais elle a gardé son coeur tout frais.

Et puis vous me connaissez, je ne suis pas exempte de contradictions. Et pas du tout au clair quant à l’euthanasie ni l’avortement. Et faire stériliser une femelle enceinte, pour moi ce n’est jamais facile. J’admire les gens pour qui ça l’est. Je leur envie cette facilité à décider la mort. Peut-être pas « facilité », mais ils y arrivent, guidés par la raison. Moi je n’y arrive pas, en tout cas pas souvent. Je SAIS que la logique, le bon sens et l’évidence économique voulaient que je fîs stériliser/avorter Tagada, je le sais. Mais j’ai, depuis un accident à 16 ans et mon « veuvage » à 25 ans, un rapport très dur à la mort, et aussi tant de chats morts cette année, et encore Zule qui n’arrive pas à « donner le tour », et puis Bizounours qui semble commencer à souffrir de sa tumeur sous le cou. Il serait logique, là aussi, de dire que quelques chats en moins, c’est bien, c’est ce vers quoi je DOIS aller, c’est une question de survie, la mienne, celle des chats, de la chienne, du refuge.

Oui, oui, bien sûr oui. Mais ce n’est pas si facile quand on est dedans, le nez sur le guidon.

Et puis ces jours Tagada commençait à se chercher un endroit, en miaulant très fort tout en me regardant : « Eh, maman-chat, c’est où que je les pose, les petits ? », et moi à ruminer de sombres pensées, je resterais à côté d’elle, je lui en laisserais juste un, de chaton, les autres je les amènerais à Irini, pour les faire euthanasier (elle m’a dit qu’elle le fait comme pour les chats adultes, en douceur, et pas à l’arrache comme j’ai entendu certain récit d’euthanasie de nouveaux nés absolument horrifique).

Je lui ai installé un carton hier soir, dans le foutoir de la grande pièce à chats, une couverture au fond, vas-y ma belle, accouche, je m’occupe du reste… Et puis, évidemment, j’en suis totalement incapable. Il y en a trois pour l’instant, un de chaque couleur, cette gourgandine a fait un petit choix coloré et diversifié de mâles. L’accouchement a été tellement silencieux, serein, tranquille, évidemment que je ne peux pas débarquer là-dedans avec mes pensées assassines, ma raison raisonnante et raisonnable et ma violence d’humaine agissant avec sa tête.

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Et si je vis ce que je vis, c’est bien parce que je ne suis PAS raisonnable…

 

PS : la pièce est sombre, encore plus là où est le carton, pas d’images correctes, mais voilà, c’est Tagada et ses trois petits, une tricolore, unE rose et unE tigré et blanc.

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PPS : je suis allée essayer de faire une meilleure photo, mais à ce moment-là, largement plus d’une heure après la naissance des 3 premiers, un autre petit est arrivé. Celui-là semblait lui faire mal, Tagada miaulait, je l’ai aidée à le sortir, et maintenant il tète déjà, encore tout mouillé… On dirait vraiment de petites saucisses ;-)

15 thoughts on “Tagada Tsoin Tsoin

  1. Formidable d’avoir une véto humaine et pro !!!! Quant aux petits….c’est si mignon ! QUE faire d’autre que les admirer avec leur maman ??? Tu la feras stériliser quand elle sera en état de le supporter !!! INUTILE d’invoquer la « raison » …..quand on fonctionne à l’affectif (je connais….) il n’y a rien à faire….je crois !
    Un gros bisou,
    Catherine

    • tu crois et je crois aussi.
      c’est con à dire, mais je me réjouis d’avoir de petites saucisses dans la maison, c’est comme le printemps, une sorte d’élan de vie, ça va amener de l’animation et probablement soulager un peu mon chagrin quand bizounours…. zule…. mikroulette…. etc. etc.
      et puis quel monde triste de « devoir » tuer parce que c’est bien, parce qu’il le faut, quel monde triste de ne pas se réjouir d’une naissance. enfin, de 4 au dernier décompte…

    • merci mon lainlain ! toi qui présides aux comptes, tu sais à quel point c’est irrationnel. mais comme pour toi aussi, c’est le coeur qui cause, tu comprends !

  2. Je n’ai eu absolument aucun scrupule, en recueillant Lupita qui avait presque 1 an et cherchait un endroit tranquille (chez moi) pour mettre bas. Je voyais son ventre s’arrondir… je suis aller vérifier qu’elle n’était pas à un voisin. Tous m’ont dit qu’elle venait piquer les croquettes de leurs chats mais que non… elle était sans maître. Je l’ai emmenée sans aucun état d’âme chez la véto… qui a fait de Lupita la chatounette gâtée qu’elle est. Je n’aurais pas pris les petits chats, j’avais déjà des réflexions de copropriétaires… trop cher surtout ! J’ai évité à des chatons un sort peu enviable : maladies, faim, etc… il y en a assez dans les environs, des chats « abandonnés » ou harets… Moi aussi, je me suis fait avorter et ça ne m’a pas traumatisée non plus… je vis seule, je n’ai pas procréé et je m’en réjouis quand je vois combien la vie est difficile pour les jeunes. Donc on peut appliquer ça aux chattes.
    Alors oui, c’est irrationnel de ta part… paradoxal. Le coeur n’a rien à voir là-dedans… mais la raison oui… En cas de chattes en cloque, je deviens dictateur : allez, zou, pas son mot à dire. On stérilise. Ca ne peut que rendre la vie de la chatte stérilisée plus confortable. Avec celle de la personne qui les nourrit et les fait soigner…

    • je sens que tu as très envie de me dire que c’est pas une question de sensibilité mais de connerie, mais tu le dis pas aussi clairement parce qu’on est amies. j’ai commencé à prendre la pilule à 17 ans, bien avant d’être dépucelée, les deux seules périodes où je pouvais plus la prendre, j’ai fait mettre un stérilet (très mauvais idée), puis un implant sur 3 ans, même plus de règles. tellement je voulais pas me retrouver avec ce dilemme moral. je n’ai jamais été enceinte, et je n’ai jamais voulu d’enfant et j’ai tout fait pour ne pas avoir besoin d’avorter. bref, c’est un problème qui vient de très loin et très profond dans mon histoire perso. je n’ai aucun problème avec les gens qui résolvent ça cric crac, et des fois j’aimerais bien avoir quelqu’un comme toi collé à mes basques pour me pousser à faire ce que je me sens, toute seule dans ma barque, parfois (pas toujours, j’ai quand même fait stériliser une très large majorité de femelles et de mâles depuis que je suis dans ce trip, et souvent avec avortements en dégât collatéral) incapable de faire, prendre une décision rationnelle. parfois. cette fois par exemple.

  3. « … j’ai, depuis un accident à 16 ans et mon « veuvage » à 25 ans, un rapport très dur à la mort.. »

    **********************
    Comme je comprends ça ! Quand on a perdu à 20 ans son meilleur pote, un vrai frangin, dans un accident de la route, c’est une blessure à l’âme qui ne guérit jamais. Alors tout ce qui vient titiller la pulsion de mort… attention ultra-sensible !!!

    Et puis quand un animal me regarde, un chat, un cheval, un chien qu’importe, c’est pour moi comme les yeux d’un petit enfant… je fonds.
    Avant-hier, je croise une amie joggeuse accompagnée de sa chienne. Elle l’a récupérée il y a 5 ans maintenant, attachée à un grillage, abandonnée, Hindi avait 3 ans. Nous discutons depuis quelques minutes, Hindi s’impatiente, je commence à lui parler, je lui dis qu’elle est belle en la caressant sous le menton… Elle jette un regard à sa maîtresse et puis là, elle me regarde avec des yeux… mais avec des yeux !!!

    ;-)

    • yes, les yeux « maman-chatte future » de tagada, super fiérote et confiante, argh, coincée la cigale dans les mailles de ses contradictions. et puis j’y peux rien, je hais la mort, tout ce qui s’y rapporte, ce qui y conduit, et je la hais pour tous ceux qu’elle m’a arrachés, la salope. mais bon, faut dire, le seul diagnostic psy qu’on m’ait jamais fait, c’était que je vivais des « deuils pathologiques ». tu imagines ? et je vis avec des chats qui de toute façon me meurent dans les bras – avant qu’un jour je ne les batte de vitesse…

  4. Le terme « pathologique » renvoie à maladie/maladif. Autrement dit parler de « deuil pathologique » c’est comme dire à quelqu’un « vous vivez un deuil et vous en faites une maladie ». Comme si lorsqu’on perd un être cher il n’était pas « normal » d’en être affecté ? Et durablement en plus !
    Non mais sans blague… Comme si le rôle d’un psy n’était pas d’aider à panser ce que j’appelle « des blessures de l’âme » ?

    • pour tout dire, c’était pas faux, et c’était même plus de l’ordre de la blessure de l’âme. heureusement que sur ce chemin, j’ai rencontré quelques personnes sages, comme mon premier mari… la violence de ma réaction interminable a été à la mesure de la violence de la mort d’alain. sans de longues années sur le divan, je sais vraiment pas si je m’en serais sortie mieux que par la voie qui a fini par s’ouvrir devant moi. toute ma vie est partie en vrille à partir de quelques traumatismes que d’autres savent, arrivent à mieux digérer. c’est en ça que je suis pas « résiliente ».

  5. c’est pas « raisonnable » la vie …
    un hasard incroyable semble-t’il … tellement qu’on l’attribue à l’irrationnel …
    et pourtant, c’est là, beau comme des petites « saucisses » accrochées à leur maman …
    si quelque chose peut sauver cette planète, c’est de croire à ces vies possibles.
    tu es dans le vrai, hélas pas dans le « raisonnable »
    courage encore, et joie, cigale

    • « si quelque chose peut sauver cette planète, c’est de croire à ces vies possibles »
      mon randalounet, tu dis tout, là !

  6. Bref, à bas la poésie, l’art, la folie, et même la vie, et même l’amour.
    Car tout ça n’est évidemment pas « raisonnable » …
    Seul le fric l’est, dans ce monde.
    Ben moi, je le refuse, ce monde-là. Je l’emmerde, ce monde.
    Et longue vie à notre reine des chats, à la belle Tagada et aux petites saucisses… !

    • Suite à ces derniers échanges, un mot m’est venu à l’esprit : « utopie ». Après avoir relu la fiche Wiki concernant le « Utopia » de Thomas More, j’ai farfouillé ici et là et j’ai notamment trouvé ceci : « Dans le langage courant actuel, « utopique » veut dire impossible ; une utopie est une chimère, une construction purement imaginaire dont la réalisation est, a priori, hors de notre portée. Or, paradoxalement, les auteurs qui ont créé le mot, puis illustré le genre littéraire inventé par Thomas More en 1516, avaient plutôt pour ambition d’élargir le champ du possible, et d’abord de l’explorer. » (Gallica Utopie).

      « Elargir le champ du possible » c’est bien ce que tu fais non ? comme d’autres le font ailleurs et autrement dans d’autres domaines…

      Et puis Utopia, c’est aussi une île !

  7. Ben oui. Comme disait j’sais plus qui, « rien de grand ne s’est accompli sans passion ».

    Pas question de se contenter du « raisonnable », c’est justement l’utopie, la volonté de réaliser l’impossible qui nous différencie des robots. Qui nous rend humains.