Le Râleur…

… qui n’en était pas un…

Il est mort le 30 janvier entre 15h40 et 15h50.

Le temps que j’aille étendre le linge.

C’était une journée étrange. Sans radio, sans Internet. Je ne sais pas pourquoi, je me suis levée, il faisait beau, doux et pour une fois, je crois la première fois (sauf quand je suis en panne de connexion ou d’électricité), je n’avais pas envie de savoir quoique ce soit du monde, des amis, j’avais juste envie d’être extrêmement là. Pas de vent, beau soleil, chaud, l’odeur des genêts blancs, le bourdonnement des abeilles, du bricolage à faire, un roman à continuer. Les chats ont mangé, mais le Râleur est resté au soleil. Je ne me suis pas inquiétée, c’est arrivé si souvent ! Et puis il me semblait aller plutôt bien ces derniers temps, malgré sa maigreur extrême. J’ai hésité à descendre en ville, oui, mais non.

Vers 15h, le Râleur qui était dedans depuis un moment, dans son panier habituel, s’est levé, et est allé faire un petit caca et un long pipi dans le coin que j’avais fini par lui laisser, à l’angle de la cuisinière. Il n’a pas eu l’énergie de regagner le panier, alors je l’y ai posé, et je l’ai recouvert de petites couvertures bien vertes, pour l’énergie, en laine polaire, pour la chaleur. Moi j’ai continué à turbiner par là autour, et puis j’ai étendu la lessive, et je l’ai vu qui avait l’air si confortable… J’ai pris le camescope, pour le filmer, et c’est en le filmant que j’ai réalisé que son oeil ouvert ne se tournait pas vers moi, avec sa confiance et sa tendresse habituelles.

J’ai aimé ce chat. Profondément. Nos débuts, il y a 3 ou 4 ans, ont été difficiles, il est apparu dans un état pitoyable, ne mangeait que la gelée au fond des boîtes de conserve, ou parfois un tout petit peu de boîte diluée dans du lait. Il bavait, avait peur de moi, et soufflait quand j’essayais de le toucher. Il est tombé très malade, et j’ai pu l’attraper presque mort – de je ne sais pas quoi – et l’amener chez le vétérinaire. Jamais aucun chat ne m’a coûté aussi cher. Il y est resté 15 jours, sous perfusion, sous antibiotiques, édenté, castré et sous surveillance. Et j’ai pu le ramener. Depuis, dès qu’il recommençait à baver, je lui faisais une injection de cortisone, et je m’en occupais beaucoup plus, tout en le laissant faire ce qu’il voulait. Ce qui est fou, c’est qu’ensuite il est allé « mieux », bien mieux mangé, de jolis cacas bien moulés, des pipis normaux, il se nettoyait, ronronnait, se laissait caresser, bref, malgré l’annonce du SIDA des chats, je nous voyais partis pour encore un bel été ensemble.

Il avait une belle, forte envie de vivre. Il n’a jamais abandonné, lâché prise. Si, peut-être dans le fond, ce dernier instant où je suis sortie étendre le linge, il en a profité pour tirer sa révérence, mais les yeux ouverts, semble-t-il sans souffrir, bien étendu sous sa petite couverture verte.

En souvenir du Râleur, qui n’en était pas un…

http://youtu.be/5xb81PAk_tM

Cantate BWV 115, Johann-Sebastian Bach, aria « Bete aber auch dabei », Koopman, Rubens.

9 thoughts on “Le Râleur…

  1. Et l’amour qu’ils te portent aussi.
    Notre Râleur est parti paisiblement. Au soleil, et vue sur le ciel bleu, direct au paradis des chats.
    J’espère qu’un jour, je rejoindrai aussi tranquillement tous ceux que j’ai aimés.

  2. 3ans de bonheur et une fin paisible pour ce petit vagabond cabossé par la vie, c’est magnifique ce que vous lui avez apporté. J’ai beaucoup aimé la vidéo, comme il apprécie vos caresses. Un bien beau minou ce petit cœur.

  3. Commentaire mal enregistré… j’y notais moi aussi la confiance que le Râleur a eu en tes mains, quand il allait les chercher, quand il se prêtait aux caresses… c’est très beau, cette vidéo. Faute d’avoir un Râleur vivant, tu as des images de lui… si touchant… Ca m’a tiré des larmes bien sûr…

  4. ‘tain, je m’habituerai jamais !!
    avec un chat très malade, la vie de remplit de petites routines. par exemple quand je préparais les écuelles, il se mettait juste dans mon angle de vision, bien sage par terre, assis comme un chat égyptien. il repérait l’instant où je posais la fourchette pour commencer à distribuer les assiettes et sautait avec légèreté sur la table. ben je le vois encore ! je vérifie encore qu’il (n’) y est (pas)…merci les amis. et sachez que j’ai moi-même beaucoup chialé en préparant la vidéo !!.

  5. Il n’y a pas qu’au Paradis que les belles âmes se rencontrent. Elles se rencontrent aussi sur terre. Vieux matou et vous, c’était un bout de Paradis. Il a renoué avec l’amour, la beauté, la tendresse. Hommage à lui, à vous, à votre dévouement.

    • j’ai été horrifiée de me rendre compte à travers l’image qu’en donnait le camescope que le Râleur était mort. cela étant, je pense que pour une fois la mort d’un chat a été plutôt douce. généralement c’est une lutte désespérée, jusqu’à la dernière seconde. il m’a fait un beau cadeau. merci pour votre commentaire, agathe.

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