Giboulées mentales de mars…

Certains moments sont précieux dans cette vie bizarre qui m’a choisie plus que je ne l’ai choisie.  Esclaves de nos chats comme nous le sommes toutes et tous, nous savons que chaque chat est particulier, chaque chat a ce petit « truc » qui le rend unique, un petit « truc » qui nous manque tant à la disparition de la bête, et qu’on ne cesse de se remémorer. Et ce qui nous manque aussi, c’est ce que nous sommes avec tel chat particulier : par exemple, notre manière de dormir avec, ou de l’appeler par mille surnoms. En perdant un chat, c’est banal à dire, mais nous perdons également une partie de nous-mêmes, « l’Autre et moi » dans une relation particulière.

2018-03-25

Alors quand un chat nous « reconstruit », comble le vide laissé par une disparition, nous lui savons gré. Petite scène magique du soir : Myrto, totalement aveugle, et P’tit Loustic, tout agité de spasmes et sourd comme un pot, jouant à se renvoyer une clochette enfermée dans une petite roue en bois. Myrto, incroyablement débrouillarde malgré son lourd handicap, la suit à l’oreille, la petite roue s’immobilise, la chatte oscille de la tête et se lance là où elle a perçu le jouet s’arrêter, et l’atteint, et l’envoie d’un bon coup de patte vers le noir total qui est le monde dans lequel elle vit, jouet que rattrape P’tit Loustic qui dribble à son tour et marque. Un vrai jeu, de chats heureux et insouciants, et pourtant on n’aurait pas parié un euro sur leur survie dans un biotope « naturel ».

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C’est une caractéristique des « refuges » comme celui des Chats de Syros : on s’obstine, on  va contre le sort, la nature, les maladies (au moment où j’écris ces lignes, je suis en train d’essayer de sauver Timothée qui a un très très mauvais coryza, une épidémie qui semble se répandre par là autour, c’est le troisième, je n’ai pas pu sauver une petite chatte qui est morte chez la vétérinaire Irini, et je saute sur l’autre, le petit gris et blanc, avec mes gros gants en cuir pour lui faire des injections d’antibiotique « à la sauvage », car il est très sauvage mais dort dedans et donc je profite de ses instants de relâchement de la surveillance du monstre bipède…). Ce que ne font pas les refuges SPA : des chats comme Myrto ou P’tit Loustic seraient probablement euthanasiés, car qui voudrait adopter des chats aussi handicapés ?

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Mais cette lutte contre la nature, la nature de la vie, cruelle, aveugle, arbitraire selon qu’on tire de bonnes ou de mauvaises cartes, est aussi au centre de l’ambiguité de ce que je vis. Parce que, pour lutter contre le sort des chats abandonnés, l’énergie, l’argent, le temps et, il me faut l’avouer, le sacrifice de soi sont requis, comme un mur que je passe ma vie à ruser pour le contourner.

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Et parfois, cela m’est insupportable, je me révolte, je hurle ma rage de vivre cette vie-là, à la con, sans voyages, sans aisance, sans confort de l’âme ni du corps, à mener une barque si fragile que le moindre écart fait tanguer. Je pense à cette histoire mythique du petit garçon dans le polder qui met un doigt dans une cassure de la digue pour enrayer la fuite tandis que le mur s’effondre partout ailleurs sous la poussée de l’océan.

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Je sais par avance que je vais susciter des messages de soutien, et je les reçois avec gratitude, bien sûr, comme vos dons petits et gros, et votre aide, quelle qu’en soit la modalité. Il n’empêche, ce serait taire le noyau central de cette vie que de ne pas évoquer aussi son incroyable folie.

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PS : grâce à l’aide de ma voisine de l’île en face, j’ai enfin pu sortir de mon île, pour 48h, le temps de passer à l’ambassade suisse d’Athènes renouveler mes papiers (1/2h), et le reste du temps, guidée par elle, m’extasier dans la grande ville où tout brille et tout luit. Elle m’a même emmenée à l’Acropole, moi qui ai connu la Grèce à l’âge de 18 ans et qui n’étais jamais montée sur le site somptueux qui domine Athènes, Le Pirée, la mer, et le monde. Mais le récit en sera pour une prochaine fois. En attendant, un des milliers de graffiti (celui-ci à Monastiraki), qui sont de vrais oeuvres de rue, des fresques éphémères mais le plus souvent belles et/ou étranges, et qui ont enchanté les promeneuses que nous étions. Clic clac, plein de photos…

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PPS : c’est le printemps très très avancé : pas assez de pluie, la végétation est dans l’état dans lequel elle se trouve en général vers début mai ! Toutefois, des couleurs, des fleurs, des senteurs…

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Et mon somptueux mimosa…

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PPPS : et tout de même, avant que mars ne finisse, cette chanson merveilleuse, sorte de rituel annuel, aussi rituel que les passions de Johann Sebastian Bach à Pâques !

12 thoughts on “Giboulées mentales de mars…

  1. Ah que les choses sont injustes. Ici la « chuva » tombe quasiment chaque jour depuis des mois!
    Le printemps? A part une heure fugace de soleil de temps à autre…nous avons oublié ce que c’est Pourtant hier beaucoup de petites abeilles butinaient pour mon grand plaisir: c’était « la promesse du printemps » qui finira bien par arriver.
    Magnifique ton mimosa, il me semble humer le parfum jusqu’ici.

    • pas de parfum, mais une splendeur colorée. j’hésite à le raccourcir, les vents sont très violents et risquent de le casser, mais en même temps j’adore ces arbres éprouvés par les éléments et s’il casse, il prendrait une forme plus « intéressante ». pourtant, c’était rien qu’un petit machin quand je l’ai planté, il y a même pas 10 ans. mais j’en ai pris soin, et je suppose que le sol à cet endroit est exactement ce qu’il aime. parce que j’ai beaucoup de problèmes avec les autres mimosas : 3 sont morts de chaleur il y a quelques étés (et eux avaient un parfum enivrant) et un autre ailleurs (avec de monstrueuses épines) n’aime manifestement pas le sol ou le voisinage et péclote.

    • aucun parfum pour ce mimosa là, hélas. par contre incroyablement florifère. je l’ai planté il y a quelques années, c’était un petit arbuste maigrichon, je l’ai beaucoup arrosé, des branches se sont cassées sous le vent (d’ailleurs, en prévision de ce qui pourrait se passer avec notre saloperie de vent de sud, j’ai garé la voiture ailleurs, manquerait plus qu’une branche tombe sur le pare-brise), l’an passé toute la partie nord a « brûlé » sour le vorias glacé, mais chaque année il est plus haut, plus beau. et un vrai refuge à chats.
      oh, en général ce qui attire l’attention des bêtes c’est une bagarre. mais là, c’était trop drôle, de vrais badauds devant un accident.

  2. Qu il est beau ce mimosa ! Que la nature est belle sur ton ile ! c est vrai que ta vie n est pas facile tous les jours et que la lutte pour garder les loulous en bonne santé est semée d embuches! Heureusement tu as l amour de ces minous et c est le plus beau ! j aimerais pouvoir des fois échapper a cette vie de fou et m isoler aussi pour vivre avec mes boules de poil ! Ne pourrais tu pas quelque fois changer d air et confier les renes de l association à quelqu un d aussi dévoué que toi ? En tous cas je te souhaite le meilleur et te fais de gros bisous !

    • ce n’est que contre monnaie sonnante et trébuchante que je peux laisser les 100 chats et la chienne à mon garde-chats habituel. c’est proprement et réellement invivable, et donc c’est un vrai travail, pompant, inconfortable, stressant à certains égards. ce n’est pas parce que je ne « veux » pas lâcher les rênes, mais parce que je ne PEUX pas, financièrement parlant. l’association est française (lili, alain et paul) mais le refuge, c’est moi seule qui en suis l’administratrice, la gestionnaire, l’esclave, la cuisinière, la nettoyeuse, l’infirmière et l’hôte. à mon tour, je t’embrasse bien fort.

  3. Je t’envoie des giboulées de baisers affectueux et tendres ma Reine. Ton sens du don, du partage, du sacrifice (j’ose le dire) n’a d’égal que la lucidité avec laquelle tu analyses ta situation. Bien sûr que tu as tout notre soutien, c’est le moins que l’on puisse faire, mais pour ma part, au-dessus de tout, je mets l’admiration, le respect et l’amour que tu inspires. Ce qui n’a pas de prix, à mes yeux.

  4. Je n’ai pas de mots assez doux pour te reconforter, je ne sais que dessiner et helas mon bras droit est toujours immobilisé. Je voudrais te dessiner des beaux rhododendrons, des ajoncs et des bruyeres, imagine- les en ce printemps qui pointe le nez une heure plus tôt.
    L’inutile devient parfois le necessaire….

    • ah oui alors, dommage, j’adore tes dessins!récupère vite ton bras, que je puisse montrer ici à quel point tes dessins sont drôles, malins, et justes !!!

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