Les Chats de Syros en vacances, 2ème journée, avant la 2ème partie, la quête d’un nom

Cela fait partie de mon côté obsessionnel têtu, mais je suis restée bloquée plusieurs jours sur UN nom ! Au départ de Livada (voir le post précédent), j’ai demandé à ma très patiente voisine de l’île en face conduisant son Jimmy* vert tout terrain de s’arrêter, une fois de plus, une fois parmi les dizaines de fois où j’ai eu envie de savourer debout au grand air le paysage. Le Lumix a fait son boulot, et entre autres, comme ça au passage, parce que je ne connaissais pas ces fleurs et que cela avait attiré mon oeil, mais sans plus penser à la détermination (prendre les détails,  les tiges, les feuilles, leur organisation, la forme de la fleur de près, l’ancrage au sol), un buisson de fleurs jaunes.

Quelle est cette plante ? Tinos, 26 mai 2018, env.50m altitude, bord de route.

Quelle est cette plante ? Tinos, 26 mai 2018, env.50m altitude, bord de route.

Ensuite, préparant ce post, me voilà cherchant le nom de cette plante. Des heures à cliquer sur des photos de fleurs jaunes, à comparer, à agrandir la mienne sous tous les angles (mais qu’avais-je dans la tête à ne faire qu’une seule photo de ce buisson de loin ?), à découvrir des sites formidables de botanique grecque, à ouvrir des sites de détermination par clefs pour essayer de répondre aux séries de questions posées ! Après avoir appelé à l’aide un groupe « Quelle est cette plante ? » sur FaceBook, et ne recevant aucune réponse satisfaisante, j’en ai mis partout : sur ma page FB, sur mes groupes grecs, bref, en appelant aux connaissances botaniques de mes amies et de mes amis, que je tiens ici à remercier infiniment pour leur patience et le sérieux de leurs recherches parallèles aux miennes. Que ce post leur soit dédié en toute reconnaissance.

Oh, Alyssum, objet de ma quête nominatrice !

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On a fini par élimination par cerner au moins le genre (les brassicaceae), la famille (l’alyssum). Restait à trouver l’espèce. L’alyssum, vous ne connaissez que ça, c’est la corbeille d’or de nos jardins. Son nom d’espèce, c’est Alyssum saxatile (Aurinia saxatilis).

la corbeille d'or

la corbeille d’or

Oui, mais ce n’est pas la « mienne ». Et des alyssums, il y en a au moins 150 espèces, sans négliger que c’est une plante qui s’hybride facilement…

Capture

Recherche faisant dans un volume de botanique rare et menacée en Grèce (je mettrai en bas de cette page toutes les adresses internet de ces sites, ce sont des adresses très précieuses pour qui s’intéresse à la nature en Grèce) (la plupart sont en grec, mais il y a les photos, les noms latins, et Google Traduction qui est notre ami), je trouve une alyssum tenium, oui, une alysse de… Tinos ! Bingo ! Endémique sur l’île. Ouf, j’allais pouvoir mettre le nom sous la photo, en plus une plante typique de Tinos, une rareté quoi. Et puis cela satisfaisait mon esprit logique : on a tout regardé, tout comparé, rien ne joue, toujours un détail qui ne correspond pas, la solution la plus simple, une sorte de rasoir d’Occam botanique, est que ce que j’ai photographié est particulier à Tinos.

alyssum tenium

alyssum tenium

alyssum tenium

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Mais un ami de FB me suggère l’alyssum alpestre, que j’avais pourtant écarté dès le début de ma quête : si c’est alpestre, c’est pas cycladique. Que viendrait faire une pauvre malheureuse plante de mes montagnes (en plus le biotope de l’alyssum alpestre est situé entre 1500 et 3000m d’altitude) sur un bord de route pelé, poussiéreux, en plein vent et en plein cagnard, à 50m d’altitude et sur une île des Cyclades, je vous demande un peu ?

Alyssum alpestre, ou passerage (et qui n'est pas l'alyssum montanum)

Alyssum alpestre, ou passerage (et qui n’est pas l’alyssum montanum)

Et je remets ici un détail de « mon » alyssum…

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Troublant…

J’avais un autre argument de doute très subjectif mais pour moi très significatif : je connais l’alysse alpestre, j’en ai vu en vrai, dans les Alpes, mon oeil n’est pas particulièrement attiré par cette plante pas commune, mais présente. Pourquoi là, sur ce bord de route, ai-je été intriguée par ce buisson jaune, sinon parce que je ne le reconnaissais pas ? Pourquoi me suis-je sentie obligée de le photographier alors que mon Lumix, déjà bien sollicité par le début de la balade, donnait déjà des signes de faiblesse ?

Mais les photos sont cruelles : en agrandissant la photo de l’alysse de Tinos, bof, comme pour les autres alysses rejetées, quelque chose qui ne joue pas : c’est soit les feuilles qui sont plus… ou moins…, soit la forme des fleurs, soit la tige trop ceci et pas assez cela. Et en agrandissant bien l’alysse alpestre, il me fallait en convenir, même si cela heurtait ma logique et remettait le rasoir d’Occam dans son fourreau, cette alysse-là ressemblait quand même beaucoup beaucoup à la mienne. Même si je garde un petit doute. Mon hypothèse, c’est que, comme c’est une plante qui s’hybride facilement, je tablerais sur un hybride alpestre X tenium, qui expliquerait à la fois son aspect alpestre et sa capacité à survivre dans un environnement vraiment hostile (pour une alpestre). Mais je peux aussi totalement me planter (!) bien sûr. Et puis je ne suis pas botaniste, juste curieuse…

détail d'Alyssum tenium

détail d’Alyssum tenium (la photo du bouquin ne permet pas mieux)

Alyssum alpestre, ou passerage (et qui n'est pas l'alyssum montanum)

Alyssum alpestre, ou passerage (et qui n’est pas l’alyssum montanum)

Alyssum tenipestre ?

Alyssum tenipestre ?

 

 

 

 

 

 

 

 

NB : je suis ressortie de mes recherches botaniques sur les sites dits « spécialisés » avec beaucoup de critiques concernant la possibilité de déterminer soi-même une plante, à partir de critères externes (et donc qui permettraient de ne pas faire appel à la population en espérant tomber sur LA personne qui répondra avec science). En gros, c’est de la reconnaissance faciale adaptée aux plantes, que soit avec des questions ou via des photos. Certains ne focalisent que sur les fleurs : que se passe-t-il lorsqu’on n’a plus de fleurs ? Une plante passe la majeure partie de sa vie soit à faire des feuilles, soit à nourrir ses graines, et la saison de la floraison est très court. Certains ne mentionnent jamais les feuilles, qui sont pourtant des caractères stables, une feuille oblongue ne devenant pas par miracle ou fantaisie climatique ronde ou découpée. Pour certains, il faut passer par la connaissance a priori du genre de la plante; quand ils sont gentils, ils mettent une photo caractéristique du genre, mais c’est peu, vu la variété inouïe de familles à l’intérieur de chaque genre. Bref, les sites proposant des clefs de détermination sont incomplets au mieux, et les sites présentant des photos sont le plus souvent relativement inutilisables. Une mention particulière à Pl@nNet, une application pour téléphone vachement moderne, que je n’ai évidemment pas, mais qu’on peut aussi exploiter depuis l’ordinateur. Donc avec l’application, on pose sa photo et le programme cherche. Et donc vous avez tout un blabla pour vous expliquer ce qu’est une bonne photo pour le programme. Je veux bien. Mais et les feuilles ? Et les graines ? Et puis une fois de plus, c’est déléguer à un programme (qui ne vaut que ce qu’un bonhomme y a mis) une recherche qu’on pourrait faire soi-même si on disposait d’un outil de détermination satisfaisant. En plus, cela oblige à se balader avec son itruc, phone ou je sais pas quoi. Bref, je suis nostalgique des irremplaçables Petit Payot des plantes…

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Et une vieille râleuse, qui plus est.

Voilà quelques sites à visiter, en particulier le 1er qui couvre TOUTE la nature en Grèce, une merveille ! (la page à laquelle ce lien renvoie concerne les îles, mais il y a tout le reste, il faut ouvrir le menu « Βιότοποι » (biotopes), même Livada y est !)

http://www.naturagraeca.com/ws/131,193,1,%CE%9D%CE%B7%CF%83%CE%B9%CE%AC

http://florahellenica.blogspot.com/2014/06/alyssum-tenium.html

http://www.hbs.gr/el/activities/publications/24-1

https://identify.plantnet-project.org/explo/weurope/

http://www.tela-botanica.org/page:menu_379

http://www.tela-botanica.org/page:identification_plantes?langue=fr

*en fait, c’est JIMNY, mais sur place, je lisais « Jimmy », je trouvais chouette qu’une bagnole s’appelle Jimmy…

 

PS : et d’ailleurs, si ça vous dit quelque chose…

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C’est un arbre gigantesque, au pied d’un mur, dans une sorte de cour ouverte, donc très protégé du vent, merveilleusement fleuri en ce moment (bonne odeur) (j’attends les graines dans leur haricot, je vais essayer d’en faire germer pour la nième fois, jusqu’à présent sans succès… mais peut-être que c’est un arbre sexué, dioïque, et comme il est tout seul de son espèce (pas vu d’autres sur l’île), les fruits sont stériles ? Enfin, je ne sais pas si ça marche comme ça en fait), qui non seulement est somptueux (horriblement mal placé, visible de nulle part) mais dont l’écorce de l’énorme tronc reste verte ! Avis aux Sherlock Holmes botanistes !!

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PPS : miaou !

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20 thoughts on “Les Chats de Syros en vacances, 2ème journée, avant la 2ème partie, la quête d’un nom

  1. J’ai suivi ta quête fessebouquienne comme un road movie (depuis ton premier post sur « quelle est cette plante ? »), c’était absolument passionnant et ce billet en fait un fidèle résumé.

    • toi tu es chouchou ! il y a des gens qui s’en tamponnent le coquillard totalement de connaître le nom des choses. moi ça me casse le coup si je peux pas nommer. mais ça vient d’une enfance familiale où pas une balade ne se faisait sans la collection des petits payot dans le rucksac !!! fleurs des champs, fleurs des alpes, roches et minéraux, traces d’animaux (poils, plumes, cacas, traces dans la neige…), et aussi les herbiers, les « tableaux » en fleurs séchées, et il y en a encore entre deux feuilles de PQ dans les bouquins…

      • Et pis tu sais quoi ? Je trouve ça hyper romantique cette façon que tu as de remuer « ciel et terre » pour trouver le juste nom … d’une plante !
        Question : est-ce qu’on en fait encore des gens de ton espèce ? Si rare, si belle !

        Mille baisers.

        ZZ
        ;-)

        • toi tu as un regard tellement gentil sur ta reine des chats. on pourrait aussi soupçonner un côté un peu névrotique, mais ça, ça serait la version pas bienveillante ;-) merci mon zuzule !

  2. Alyssum alpestre (les feuilles) pourquoi pas ? On trouve bien dans les Cyclades des molènes alpestres… Quelles jolies branches & feuilles, la plante de tes dernières photos !

    • et si tu voyais l’arbre !!! une splendeur, mais dans un coin improbable, moche comme tout. il est tuteuré avec des étais. ça doit être un arbre exotique, planté par un marin de retour sur l’île après un voyage dans un pays très lointain. enfin, j’imagine.

    • T’as deux chouchous, ZZ et moi, c’est normal, on est frangins, (bises mon frérot) ;-)
      J’adore suivre les échanges sur la page FB « quelle est cette plante », lire ces conversations de tous ces passionnés c’est passionnant :-) Je me suis inscrit récemment sur « quel est cet insecte », ça a l’air dans le même esprit.

      • si jamais, pour les insectes, plus pro, il y a , une sacrée bande de cinglés des insectes, réponses rapides, humour, très bon forum.

        mes 2 chouchous, ZZ et lainlain !!!!!! quand je pense qu’on s’est vus qu’une fois dans nos vies…(avec gavroche, randal et les autres) (ah non, ZZ deux fois, la 1ère à bourges)
        (tant que moi je suis pas sissi, tout me va ;-) (à moins que SYlvieSYrosCIgale…)

    • sur ce site tunisien, on y trouve le parkinsonia, mais également, plus bas sur la page, une autre merveille de l’île (moi je suis persuadée que si on trouve tellement de plantes exotiques, c’est le résultat de générations de marins au long cours ramenant des plantes à leur mère pour le jardin) ce qui devrait être un arbre et qui, manque de bol pour les 2 exemplaires que je connais sur l’île, poussant au bord de routes (dont la mienne), sont toujours impitoyablement massacrés au tracto-pelle quand la mairie fait « nettoyer » les bords de routes (contre le feu). du coup, chaque année je vois les fleurs, mais ça reste des bonzaïs (très têtus les bonzaïs par contre) et jamais les haricots pour en prendre les graines, c’est toujours coupé avant ! c’est la Caesalpinia gilliesii

  3. oui oui oui les petits Payots, un de mes premiers livres, reçu pour mes 4 ans, avec dédicace paternelle….mes parents aussi se promenaient avec ! ça doit être un gêne artistico-bucolico-champêtro-suisso, aux mollets noueux…merci soeurette ! et extraordinaire la dernière photo des profils de chats !

    • on les a encore à stluc. ça doit être collector…et j’ai embarqué ici mes plus gros payot, ça c’est limite pour le sac à dos, et totalement inutiles, genre traces d’animaux dans la neige ou plantes comestibles des alpes. je crois pas que ce soit un gène, juste un truc très très suisse, très culturel. je sais pas si tu te rappelles,il y a 30-40 ans les anémones soufrées, edelweiss, et autres ancolies étaient en voie de disparition, trop de ceuilleurs. ils avaient mis à l’entrée de chaque village valaisan un énorme panneau, avec les photos des belles en danger, et des avertissements « ne cueillez pas ces plantes », et quelques années après c’était reparti comme en 14. il y a deux trois trucs que j’aime en suisse, mais ça tout particulièrement. (et comme quoi le respect de la nature, le souci écologique ne datent pas des années 2010)
      merci pour la photo, paulette au 1er plan et qui bâille la belle job.E.

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