L’autre vie, celle sans les chats

Une grande partie de ma vie consiste à m’occuper des chats en quelque sorte « directement » : les nourrir, les soigner, et toutes les activités annexes (ranger, nettoyer, laver, etc.). Parallèlement à ce contact, il y a un reliquat, bricolages, courses, balades, baignades et d’autres choses encore. Beaucoup de gens qui me connaissent personnellement me suggèrent des stratégies pour séparer ma vie de celle des chats : clore une chambre pour en faire mon domaine exclusif, fermer les chatières et ne pas les laisser entrer dans la maison, avec la demi-mesure qui consiste à en sélectionner 5 ou 6 que je laisserais entrer, et pas les autres. Mais cela correspond mal à mon idée de liberté. Restreindre leur liberté, c’est forcément limiter la mienne : fermer des portes, essentiellement, car si une porte est fermée pour eux, elle l’est pour moi aussi. Ma vie actuelle est sous le signe du paradoxe : je vis dans une contrainte spatiale, temporelle et financière permanente, mais je m’y sens libre parce que je peux laisser les portes ouvertes (pour autant que la météo me le permette).

C’est peut-être une manière de d’adapter le quotidien à ma claustrophobie ?

Et de toute façon, dans ce système un peu dingue dans lequel je fonctionne, la vraie claustrophobie, je ne la ressens pas à cause des chats (et de la chienne) mais dans le fait qu’en 6 ans, je n’ai pu partir de l’île que 5 jours chez ma voisine de l’île en face, et camper 3 jours sur ma plage préférée. C’est tout. Faute de pognon. Mais je suis consciente que c’est un système : en changer les paradigmes (moins de chats, plus d’argent) serait changer complètement de système. Le jeu dans l’histoire, c’est d’arriver à accepter les contraintes en tirant son épingle du jeu, malgré tout le reste. Ouvrir les yeux, observer, interagir, rester éveillée au monde.

Donc, des images du « reliquat » et des commentaires…

Une balade dans Chroussa. J’aime beaucoup remonter ma petite vallée, et rôder dans les verges et les maisons plus ou moins abandonnés. Mais cette année, les vergers sont surtout en train de crever de sécheresse. Ce petit verger d’orangers, de mandariniers et de citronniers serre le coeur.

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Ces arbres en fait ne sont pas vraiment abandonnés, on voit qu’ils ont été taillés, entretenus. Mais il a tellement peu plu que les fruits ne sont sont pas développés, et sont restés de petits machins au départ colorés, puis tombés bruns en tapis sur le sol

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Les feuilles sont tordues de soif, et ces fruits ont séché sur l’arbre

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D’ailleurs, à ce propos, et parce que je n’ai jamais eu de réponse à cette question posée dans divers forums et lieux d’informations (j’ai même écrit à Alain Baraton sur FI, avec l’espoir qu’il la choisirait, mais non) : est-ce que quelqu’un sait si on peut rabattre très fortement la végétation (que ce soit celle des arbres, arbustes ou plantes herbacées vivaces) en plein été quand, comme nous par ici, il y a une sécheresse absolument dramatique ? Même mes caroubiers plus que centenaires sont en train de crever (mais eux, rien à faire, ce sont des géants). A mon pif de jardinière, cela semblerait logique que moins de feuilles, moins de branches, c’est toujours ça de moins à nourrir. Mais en même temps, en été, les plantes estivent (très peu de croissance), et sont peut-être très sensibles aux coupures, tailles, etc. ? Et c’est le paradoxe de l’arrosage en pays  sec : plus on arrose, plus on pousse / on permet à la plante de faire du feuillage, et plus elle fait du feuillage, plus elle augmente ses besoins en eau (surtout pour les herbacées vivaces). D’ailleurs, la question est encore valable cet automne, 0,6mm d’eau en octobre, pour tout le mois, une moité de millimètre, et 12mm depuis début septembre, et cette année écoulée moins que dans la Tunisie pré-saharienne, c’est vraiment terriblement angoissant. Donc, pour nous résumer : est-ce que rabattre drastiquement la végétation permet d’aider les plantes à résister à la sécheresse ?

Attenante à ce verger, une vieille maison bien ruinée par laquelle je ne manque jamais de passer, parce qu’elle aussi me serre le coeur, pour toutes les histoires qu’elle évoque, de pauvreté, de bricolages de bouts de ficelle (je suis solidaire), de marginalité totale, dans un creux de ce chemin en contrebas des superbes maisons bourgeoises qui font l’intérêt touristique de ce village par ailleurs déserté ou presque hors saison.

Pour isoler, les habitants du lieu avaient fixé sur les murs en pierres tout ce qu’ils avaient pu ramasser de veilles portes, volets, planches, en une mosaïque plutôt gaie, en tout cas colorée.

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Des gravats, parmi lesquels des fantômes de lit, de tables, des habits, des chaussures. Maison mille fois visitée et pillée

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Ce costard rayé, déchiré, mais aussi rapiécé, c’est celui qu’on voit sur les paysans endimanchés sur les vieilles-photos-de-Grèce sur lesquelles on rêve en pensant au pays d’alors

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Le veston d’hiver, en laine, plus chaud.

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Il faut savoir qu’ « avant », sur Syros, il y avait des métiers à tisser, et privés et industriels (on peut voir un métier industriel dans le musée de l’Industrie d’Ermoupoli), et mon ami marchand de draps dans la rue de la Poste possède encore des rouleaux de ces tissus faits sur l’île, qu’il vend d’ailleurs à des prix prohibitifs : on retrouve justement les textiles dont sont faites ces vestes abandonnées. Syros, « avant », était une île extrêmement industrieuse, et très peu agricole.

Des beaux clous forgés… Inutile de dire qu’il y avait aussi une forge, sur Syros, et une imprimerie, une usine automobile qui a fabriqué probablement une des premières voitures électriques au monde, sans parler de toutes les PME liées aux chantiers navals. Tout ça fermé, avec le chômage, la mise au rencart de tous les ouvriers spécialisés qui faisaient tourner la baraque avant que ça devienne un lunapark pour toutous.

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Des journaux… Ce qui permet de mettre une date à tout cet abandon : novembre 1974 (quatre mois après la fin de la dictature militaire)… Mais cela pourrait être 1874 sans problème.

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La leçon de français :

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Aussi emmerdant que le Mauger Bleu (pour les connaisseurs)…

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Dans la même gazette, la leçon d’anglais :

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Et attention, pour l’english lesson, on y parle grande peinture !

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En haut, les maisons chicosses. Mais là en bas, c’est la plèbe.

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Tout ce chemin est vert, plein d’arbres, et les agrumes y sont tout à fait à l’abri du vent (c’est le fond de la vallée, là où les pluies se regroupent – quand il pleut – SI il pleut – pour s’écouler sur le monopati (chemin) pavé, devenant pour l’occasion un vrai torrent – du temps où il pleuvait quoi, il y a des années). Et donc, depuis Chroussa jusqu’à Vari, on a la chance d’avoir les bientôt derniers ormes d’Europe… (en tout cas j’ai l’impression que ce sont des ormes – par contre, ils buissonnent, il y en a très peu qui atteignent la taille d’un « vrai » arbre)

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Merci d’avance à qui pourra me dire ce que sont ces excroissances qui ressemblent à de gros fruits secs et bruns dont il ne resterait que la peau, apparemment des parasites, mais qui ne semblent pas mortels pour les arbres. Juste assez envahissants.

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Suite de la balade, en remontant vers le village, de beaux restes et une croisée des chemins ceinturée par les murs d’enceinte de ces belles maisons d’armateurs.

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La végétation est, malgré la sécheresse, un baume à mes yeux et mon coeur qui restent quand même très attachés aux paysages campagnards et alpestres. C’est un comble, mais je n’aime pas ce que les gens aiment tant dans les Cyclades, ces paysages torturés par le soleil, le vent et la chaleur. Mais il faut dire qu’ils n’y vivent pas 12 mois sur 12…

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Accrochés aux murs encadrant ces chemins creux, des dizaines de câpriers énormes surplombent le promeneur… et attirent les cueilleurs à la saison des câpres et des câprons.

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Un grand classique de l’hydraulique grecque : une fuite d’eau jamais réparée. Mais tout à fait bienvenue pour les plantes et les insectes, cela va sans dire. Le chaos a l’avantage de laisser des interstices pour la vie

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Le mur de droite a été réhaussé, mais en biais. Je me perds en conjecture…

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En contre-bas, un gigantesque bassin, je regarde toujours dedans pour voir si une bête y est (y a été) coincée, parce que rien ne permet d’en sortir. Tu tombes, tu meurs de faim et de soif.

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L’ailante a la réputation  d’être un « pousse-toi de là que je m’y mette », mais au moins ils poussent et ils ont un très élégant feuillage.

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Comment foutre en l’air esthétiquement un très très beau bassin voûté avec des tubes qui sur tout le reste de leur parcours sont de toute façon posés sur le sol ? C’est simple, comme ça :

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Comment foutre en l’air esthétiquement un très bel escalier en pierres ? C’est simple : comme ça.

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Comment foutre en l’air un très beau champ de fenouils, de graminées diverses et variées, arboré de surcroît ? C’est simple : comme ça.

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La très belle maison d’un ami anglais, avec une profusion de terrasses, arbres, plantes diverses, bassins qui me font baver d’envie. Mais comme toutes les maisons de Chroussa, cette maison est adossée au versant ubac de la vallée, donc glaciale l’hiver. Je bave devant son terrain, j’admire sa maison, mais je préfère vivre dans ma maison foutraque plein sud.

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Je fonds d’attendrissement sur ces chemins empierrés si joliment.

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Une étrange entraide entre deux cactus d’espèces différentes

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Sur la route principale qui mène à Ermoupoli, un gattilier-arbre. Bon, à Arméos, c’est normal, et aussi dans mon fond de vallée : le gattilier (λυγαριά, Vitex agnus castus) pousse toujours là où le sol reste frais l’été, où il y a de l’eau au moins dans le sous-sol (comme les laurels). Et si les conditions sont bonnes, ils peuvent devenir des arbres tout à fait plausibles. Mais là ? Au bord d’une route absolument dénudée, poussiéreuse, sans l’ombre d’une ombre, en haut d’une colline donc pas d’eau de près ou de loin ? J’ai freiné, me suis garée à l’arrache (et à la grecque), et j’en ai fait le tour avec affection et surtout étonnement : les gattiliers sont depuis très très longtemps montés en graines (odorantes) mais celui-là fleurit encore en octobre…

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Le Neorio, mon supermarket chéri, seul de son espèce (je pense une sorte de coopérative syriote destinée avant tout aux ouvriers des chantiers), est définitivement mort, tué par le Lidl qui s’est installé à 20 mètres. Les employés pendant longtemps ont bu des pots au pied de l’arbre et assuraient une sorte de permanence, peut-être syndicale, à discuter d’espoir de reprise de l’enseigne, et puis non, les portes sont scellées, et les employés ont déserté le banc. Et c’est une catastrophe pour toute cette placette, en particulier en face pour mes amis marchands de fruits et légumes Ypatos et Sarandos : le Neorio ne vendant ni fruits ni légumes ni pain, la vie était belle les jours de courses : on allait chez Ypatos et Sarandos pour la verdure, pour le pain chez le boulanger un peu plus loin, la bouffe chats entre légumes et pain, et puis en face pour le reste. Avec la banque de l’autre côté de la rue et deux bistrots sur les quais à 50 mètres, je pouvais faire mes courses facilement. Mais les clients se rabattant sur le supermarché à l’entrée de la ville, qui a lui tout ce qu’on veut comme fruits et légumes, l’étal du fruits et légumes d’Ypatos et Sarandos est de plus en plus tristounet. Je crois que seul le boulanger survit, parce qu’il fait un pain sublime (ah, le pain à la farine de caroube !!!), mais je n’en suis même pas sûre.

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Ici, c’était l’annexe électro-ménager du Neorio. C’est là où j’achetais mes ventilateurs symbiotes de l’été. Ils avaient plein de trucs divers et ce n’était pas cher.

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Sur les rayons, encore quelques boîtes de conserve. Le genre qu’on voit convoitées et pillées dans les films post-apocalyptiques.

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En remontant la rue en direction de l’hôpital (donc dos à la mer), et parce que c’était dégagé des camions et des cartons qui en général masquent totalement la fresque, j’ai pu, dans ce grand hangar, admirer ces bateaux faits par des étudiants en arts graphiques et qui sont la jouissance exclusive des employés, et des rares passants curieux marchant dans cette rue.

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Sur la route d’Ermoupoli, j’avais photographié cette 2CV en train de se diluer sous le soleil et les embruns. Mais quelqu’un a eu visiblement pitié de la belle, et l’a recouverte d’une bâche pour l’hiver. Je m’en réjouis. Cela me fait penser qu’hier en ville, j’ai rencontré une 2CV rouge vif, une de ces belles avec les yeux articulés comme les escargots, garée paisiblement le long d’un trottoir. J’ai caressé son flanc inusable sous l’oeil très perplexe de vieux en train de boire le tsipouro de midi.

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En face de ce garage compassionnel, une maison assez remarquable qui, sur des centaines de mètres tout au long des murs qui l’entourent, est bordée de très magnifiques cyprès. C’est la seule sur Syros à avoir pareillement « investi » sur le temps, vu la lenteur de croissance des cyprès.

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Maintenant, côté argent et confort… Mon poêle à bois est vraiment bouffé par la rouille, et l’an passé, même avec l’hiver riquiqui qu’on a eu, j’ai enfumé la maison plus que de raison. Bon, dans des cas comme ça, ça veut dire bricolage : la zone bouffée entre zinc (?) et fonte a été colmatée avec un truc au silicone protégé par du scotch métallique, et le petit four du haut scellé, car toute la partie au-dessus est tombée dans le four, bouffée aussi par la rouille. Comme je racontais l’histoire à des amis, l’un d’eux m’a envoyé une grosse belle somme d’argent en me disant d’en acheter un autre avant d’asphyxier la maisonnée.

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Visite à mon magasin habituel de matosse, ils n’avaient en boutique que deux poêles à bois mais rien de bien, et très chers. Je leur demande s’ils avaient commandé d’autres poêles à présenter pour l’hiver, non, mais le patron me dit qu’il peut commander pour moi, et me renvoie au site internet (https://www.skroutz.gr/) sur lequel pratiquement tous les magasins de l’île vont pour se fournir en biens les plus divers (vivre sur une île, c’est aussi ça, le flux tendu, les frais de transport par ferry, avec ça que ce salopard de Tsipras et l’Eurogroupe avec ont supprimé la TVA « allégée » des produits sur les îles, c’est 24% de TVA comme sur le continent, et entraîne évidemment une augmentation conséquente des prix). J’y vais, et après des heures et des heures à tout regarder et comparer et chercher des références, je trouve l’oiseau rare, le « Tim Sistem Magic Stove », qu’on retrouve non seulement sur pleins de sites en français et en anglais agrémenté de commentaires élogieux (il faut se débrouiller pour éviter le poêle à bois chinois en aluminium, c’est toute une stratégie) mais en plus reçoit la bénédiction de mon maître ès bricolage-survie, Randal.

CaptureBon, je retourne au magasin, vérifie qu’ils peuvent effectivement commander la bête, et demande un jour de réflexion. Et puis le soir venu, je regarde mon poêle à bois entièrement scotché avec amour et dans le même regard mais au 2ème plan, j’aperçois mon frigo dans la salle-de-bains. Le frigo était déjà là, depuis des années, quand je suis arrivée dans la maison. Et depuis des années, il partait en sucrettes (rouillées les sucrettes). La porte, bouffée par la rouille me tombait régulièrement dessus, et il me fallait la fermer avec une sangle, la petite porte cassée du bac à glace ne tenait que grâce à un coinçage très élaboré avec un morceau de carton, et comme la bordure en caoutchouc était durcie et ne fermait plus rien, il me fallait dégeler le frigo toutes les semaines (voire encore plus souvent en été). Last but not least, ça faisait des années que je rêvais d’un compartiment à surgelés !!! Bref, mon frigo…

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Le coinçage de la porte avec un bout de carton et l’état de la bête 2 jours seulement après la dernière décongélation

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Et là. le dilemme du OU … OU… exclusif m’a pris la tête, parce que la vie précaire, c’est par exemple choisir entre se faire soigner les dents OU payer son assurance bagnole, acheter un pack de brosses à dents OU 2kg de riz, changer de poêle à bois OU changer de frigo. Et comme je suis une fille simple et pratique, j’ai passé le rasoir d’Occam sur tout ça : en plein changement climatique, en pleine sécheresse, avec des hivers qui durent au très grand maximum trois mois (à tel point que j’ai encore du bois de l’an passé), de quoi ai-je le plus besoin ? D’un frigo qui me servirait 12 mois sur 12, dans lequel je pourrais mettre plein de trucs surgelés, et de la place pour avoir encore moins besoin de descendre en ville faire des courses, ou un chauffage qui me servirait 3 mois sur 12 ? Hmmmm ?

Cela m’a tenu éveillée la nuit, et le matin, je suis retournée sur Skroutz, voir cette fois les frigos, et ce qu’ils avaient en boutique, et dans la foulée, pour ne pas trop y penser à deux fois tout de même, je suis allée chez un marchand d’électro-ménager dans mon faubourg de la ville, et j’ai dit au monsieur : voilà, je veux ça ! Bon, inutile de préciser que c’était beaucoup plus compliqué que ça, à la grecque quoi, mais en gros, une semaine après, je pouvais enfin mettre le mousseux au frais !

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J’ai eu l’impression de m’être sacrément embourgeoisée d’un coup ! Pour 330€, j’ai fait en plus une sorte de « bonne affaire ».

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RHAAAAA ! Et je peux même enfin acheter un gros paquet de glace (là au chocolat) et pas juste un petit gobelet, et la manger plus tard, quand j’en ai envie, et pas en vitesse dans la voiture en m’en mettant partout parce que par 40° ça fond vite ces saloperies !!!

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Je peux même avoir un rayon « soins des chats »…

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Et puis comme je suis optimiste, et que je pense qu’il va pleuvoir (un peu plus que juste à l’instant, où il a plu carrément de quoi défoncer notre moyenne mensuelle, vu qu’il est tombé 0,2mm de pluie, ce qui nous permet d’atteindre l’incroyable hauteur de 0,8mm de pluie pour ce mois d’octobre, presque la coquette somme de UN MILLIMETRE), mon ami Mark est venu pour m’aider à couvrir le poulailler à chats, parce que j’en ai marre des parasols abandonnés et récupérés sur la plage et mis ouverts DANS le poulailler pour éviter les fuites d’eau sur les croquettes…

Un petit abri attenant au poulailler, avec un gros gros matelas de feuillage bien sec dedans

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Mark et moi, chacun de notre côté (lui au nord de l’île, moi au sud, heureusement), on fait les poubelles. Avant le début du sociocide grec, jusque vers 2010, on pouvait entièrement se vêtir, se meubler et bricoler avec les poubelles grecques. C’était merveilleux. Et puis les poubelles sont devenues de plus en plus simplement des poubelles d’emballages, parce que tout est récupéré – et ça sert même de garde-manger aux pauvres des villes. Dans notre projet de couvrir le toit, Mark a tout de même trouvé de vieux tapis que je suis allée chercher en voiture, et moi de mon côté j’ai trouvé une voile de bateau extrêmement sale, maculée de cambouis, mais dont une partie pas trop sale et coupée pouvait couvrir la partie gauche du toit. J’avais aussi un bout de plastique épais non utilisé, et entre Mark et moi, on avait une bonne réserve de clous, ficelles, cordages, bouts de bois. En posant sous le tiramisu des troncs d’agave récupérés au bord de la route pour donner une pente pour l’écoulement, ensuite des couches de tapis, ensuite nos matériaux imperméables (voile et plastique), ensuite une bâche bleue (récupérée, mais neuve), on a travaillé plusieurs heures à fixer et haubaner tout le feuilleté, et préparer un vrai abri waterproof-windproof pour les chats qui voudront s’y réfugier.

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Le hic, dans tout ça, c’est que j’attends encore le crash-test pour la pluie ! Et c’est pas demain la veille que je vais vérifier ça, avec 0,2mm de pluie. Le feuilleté a passé un petit crash-test pour le vent par contre, qui a montré qu’il fallait un peu mieux haubaner côté sud-ouest, le vent venant de là étant extrêmement traître dans la vallée et très violent sur la maison, entièrement orientée vers le sud-ouest justement (fenêtres, portes, poulailler, etc.)

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Pour finir une petite histoire qui m’intrigue énormément. Hier, j’étais sur la route de la maison, je jouais à la baballe avec Alitheia, quand une sorte de petite agitation légère virevoltant au-dessus d’une lointaine touffe toute cramée de l’été d’un des massifs de fenouil sauvage qui ponctuent si joliment la garrigue, quand c’est vert (nourriture exclusive de la chenille de Machaon), a attiré mon oeil. Je regarde, et il me semble voir une libellule (une libellule, dans cette garrigue desséchée fin octobre…) tourner, se poser, s’envoler, se reposer, bref un vol frénétique autour d’une sommité ex-fleurie dont il ne restait pas grand-chose, sinon une forme en crosse. Après avoir pris le temps d’observer, je retourne à la maison, prends l’appareil photo, y retourne, mais sans grande illusion : elle se serait envolée plus loin. Et bien pas du tout, elle y était encore. J’ai pris des photos (pas bonnes,trop loin, le zoom n’est pas assez puissant), me suis approchée, encore quelques clics, toujours plus près, me tordant les pieds dans les cailloux, sur le sentier non pas de la guerre mais de la curiosité… Et elle s’agitait encore autour de son bout de fenouil sec. J’ai réussi à prendre quelques photos, toujours plus près, et j’avais l’intention de me rapprocher très près de la jolie odonate, si affairée et excitée qu’elle ne semblait pas me voir. Mais là, en me retournant, j’ai vu toute une meute de chats, les uns se demandant ce que pouvait bien faire maman-chat dans la caillasse et les autres ayant repéré ce machin volant peut-être comestible (c’était à plus de 2 mètres du sol, mais je me méfie avec ces salopards de carnivores sauteurs)… Donc j’ai fait demi-tour, en faisant bien psss-psss-psss pour les éloigner de la fragile amoureuse (?), mais en me demandant si je n’avais pas assisté là au coming out d’une libellule LGBT. Tout cela a duré au bas mot 10′, et elle y était encore quand je suis rentrée dans la maison !

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Un « vrai » apariement de libellules… La petite libellule d’hier a-t-elle confondu les formes (dans ce cas, triomphe de la théorie de la Gestalt (https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychologie_de_la_forme)) ou était-elle très myope (dans ce cas, elle a toute ma sympathie), ou tellement folle de solitude qu’un bout de fenouil tout sec en forme de crosse lui a semblé une compagnie envisageable ?

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PS : un IMMENSE merci, du fin fond du coeur et de la tête, à toutes celles et tous ceux qui ont fait de cette période une période faste, heureuse, sans trop d’angoisses fric, qui m’ont permis de m’embourgeoiser éhontément, d’envisager même un bridge dans ma dentition à trous, un IMMENSE merci pour les paquets plein de choses utiles, ou délicieuses, et des fois délicieusement utiles, mais aussi pleins d’affection et d’attention, et aussi un IMMENSE merci pour les lettres poétiques, et les cartes postales magnifiques, également un IMMENSE merci pour les messages, commentaires (ici ou sur FB), mails, téléphones, qui maintiennent la vieille ourse solitaire que je suis devenue dans la société humaine des amies et des amis. Merci de me maintenir en vie, en somme…

Et une tendresse toute spéciale et particulière à une amie venue de Suisse, c’est pas si souvent que ça m’arrive, avec laquelle j’ai passé des jours exténuants mais merveilleux. Elle ne lira rien de tout ça, elle n’a pas internet, mais j’ai besoin d’en faire mention !

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PPS : et merci de partager mon blog avec vos amiEs à vous, les petits rus faisant les grosses rivières… Enfin, dans la mesure où il pleut un peu…

 

20 thoughts on “L’autre vie, celle sans les chats

  1. Concernant Baraton, il doit en avoir un paquet de questions et il n’en sélectionne que très peu, je serais toi je la renverrais régulièrement voire toutes les semaines ;) ou alors peut-être que comme tu n’es pas en France, soit il ne sait pas, soit ça n’entre pas dans son « cahier des charges ».

    • oui, je me suis dit ça aussi. mais c’est assez fou comme je ne trouve de réponse nulle part ! j’ai rôdé dans plein plein de sites genre mon jardin en méditerranée, et jamais le sujet n’est abordé, comme si les gens arrosaient sans se poser de question.

      • j’ai la flemme, c’est un tel bordel de lui écrire un mot, pas envie de tout réexpliquer, de cliquer sur 3000 cases, de remplir les formulaires. j’ai la phobie de ce type de démarches. mais c’est vrai que du coup, j’ai toujours aucune réponse ;-).

  2. Quel récit passionnant !!! MERCI Sylvie !
    La fresque est superbe !!! Quel dommage qu’elle soit cachée, et peut-être abîmée par les trucs qui y sont adossés….
    Poêle ou frigo ? Ton poêle fait peur…Attention au plastique qui va fondre, tous ces matériaux hétéroclites qu risquent d’exhaler des poisons…Brrrr ! Mais bien sûr le frigo était indispensable ! Je suis contente pour toi ! Ce n’est pas de « l’embourgeoisement » mais un minimum dans ces contrées chaudes et sèches !!!
    Lidl qui ruine les boutiques….à pleurer ! Le drame de tant de villages et petites villes, partout….
    Votre superbe « abri »…Il m’intrigue ! A voir les photos je me demande par où les chats y entrent !!! Et s’ils s’y acceptent à plusieurs…? (mais je vois très mal en ce moment…J’ai sans doute mal discerné les accès…?)
    La libellule….Magnifiques photos !
    La pluie ….Bien sûr vous l’attendez …..mais je vous souhaite qu’elle n’arrive pas subitement en trombes comme ici (côte méditerranéenne)…Très typique du climat de la région… A Marseille vendredi je déjeunais au soleil en chemisette, on avait bien chaud ! le lendemain : chauffage, gelée sous ma couette, et pluie sans cesse …et ça n’a pas cessé depuis ! Plus loin dans le Var c’est la catastrophe !
    Allons bon, je me suis un peu laissée aller….L’impression de bavarder !
    Merci encore pour tout !
    Je t’embrasse,
    Catherine

    • ah mais j’aime bien qu’on bavarde en commentaire, c’est la vie du blog !
      je referai des photos du poulailler, mais j’en avais posé déjà pas mal. il y a 2 portes fermées, mais en bas des ouvertures qui leur permettent d’entrer et sortir comme ils veulent. je sais pour les avoir dérangés pour y poser leur repas que, les jours très froids ou quand il pleut beaucoup, il y a pas mal de chats dedans. mais c’est une telle débandade affolée que je ne pousse pas vraiment la vérification. en ce moment c’est surtout la mère et ses 3 petits (l’aveugle, la borgne et la très malvoyante) qui y vivent : il fait encore chaud la nuit, comme tu l’auras compris, il pleut symboliquement (et encore, j’exagère !), et donc les chats de dehors et même beaucoup de ceux de dedans vivent et dorment dehors.
      ah, la pluie dans les zones sèches, quelle catastrophe : toujours le déluge, qui lessive les sols sans le mouiller en profondeur. mais courage, toi au moins tu auras des fleurs au printemps !!!
      je t’embrasse très fort, merci pour cette mini conversation !

  3. En fait, tu nous envoies la chronique de la crise de Panagiotis… mais cette page, écrite à travers l’oeilleton de la maîtresse des chats de Chroussa, m’apparaît comme une magnifique et nostalgique chronique des conséquences de la crise qu’ont imposée aux Grecs (pauvres) les joyeux drilles de la Troïka…
    Mais on pourrait s’en servir aussi pour évoquer le réchauffement climatique, le truc dont les chefs d’états parlent mais dont ils n’ont en fait rien à battre….
    Et on s’en sert aussi pour savoir tout de la faune, de la végétation méditerranéenne, de libellule en manque de partenaire, et de pain à la farine de caroubier ! Bon sang … quel goût ça pouvait avoir ?

    • ah, c’est un très chouette commentaire, j’aime beaucoup ce parallèle avec greekcrisis !!!
      oui, toutes les angoisses de notre temps, et qu’on partage déjà tellement sur FB, transparaissent parce qu’aucun endroit au monde n’y échappe, pas même ma maison foutraque sur sa petite falaise…
      quant au pain à la farine de caroube, c’est absolument délicieux, mais c’est un truc en soi. le pain est très très foncé, d’un beau rouge-brun, et est plutôt sucré, avec un arrière-goût genre ovomaltine. c’est magnifique, il sèche lentement, et quand il est encore croquant du four, c’est à tomber. mais bizarrement, on s’en lasse, c’est trop, too much. ce qui est génial dans cette boulangerie, c’est qu’ils font des gros pains, et tu en achètes comme tu veux, des moitiés de pain, ou tu peux acheter plusieurs quarts de pains différents (ah, celui au curcuma !), etc.

  4. Curieusement la maison abandonnée fait rêver, fait travailler l’imagination…
    Je reste souvent devant des photos de villages grecs, maisons entassées les unes sur les autres, à me demander laquelle je choisirais, pourquoi, ce que j’en ferais… Je choisis souvent de façon imaginaire les toutes petites choses blotties entre deux mastodontes et que j’imagine avec une seule pièce améliorée d’une alcôve, une douche à peine intérieure grande comme un toilette, une terrasse envahie de végétation, peu visible de l’escalier d’accès, et c’est tout… Dans un deuxième temps, mes yeux se fixent sur la vie que j’aurais dedans, dans ce petit coffret blanc aux touches de bleu…
    Et là, le phénomène évasion, rêve, imagination fonctionne à nouveau avec cette petite maison pleine de gravas, qu’on a envie de nettoyer, restaurer à minima et où on a envie de se blottir dans le resplendissement de la nature parfois ingrate, mais si belle…
    Tu racontes si bien qu’on est scotchés dans ton univers dur, ingrat, impitoyable souvent… et pourtant… Pourtant, on y trouve tant de beauté, d’amour de la nature, de sincérité, de simplicité âpre qu’on a presque envie de le partager malgré tout… Parce que le nôtre de monde, empli de Monsanto et de fumées d’usine, d’embouteillages et d’heures de bureau insipide, est d’une tristesse mortelle, je pense bien plus mortel que le tien…
    Je n’ai pas d’argent en ce moment, j’ai tout rendu à Macron…Je rêve de t’aider, de faire briller tes yeux… et je rage….
    Je t’embrasse de tout mon coeur…

    • quel joli écho à mon post, brigitte ! qui y trouve récompense. et tu montres qu’effectivement ce que je voulais faire passer est effectivement passé. merci beaucoup. je t’embrasse aussi.

  5. Je découvre votre blog, je suis immédiatement séduite. Une porte ouverte, encore une, dans notre univers virtuel… mais pas tant que ça, je vous suis. Merci

    • merci pour ce commentaire. effectivement, j’essaie de rendre le blog le moins virtuel possible, rendre compte (de manière pas tout à fait désintéressée, mais ça vous l’avez compris ;-) ) de ce quotidien assez extra-ordinaire, en sens modeste de pas banal. je suis toujours et encore surprise par cette vie, à laquelle rien ne me préparait, mais à laquelle j’ai été conduite par de multiples petites miettes sur le chemin, par moira qui préside aux choses du destin. je rigole, mais pas tant que ça.

  6. « La libellule », chanson de Julos Beaucarne sur l’album « Julos chante pour les petits et les grands » :

    « Une libellule si belle
    Se promène dans mon ciel
    Et mon esprit qui sommeille
    Prend son envol avec elle

    Les rayons du soleil sur son aile
    Font que vole un arc-en-ciel
    Et si je n’étais pareil
    À l’ancre lourde des bateaux
    {x2:}
    J’irais me mirer dans l’eau
    Avec les libellules si belles

    Une libellule si belle
    Se promène dans mon ciel… »

    **********************
    J’ai cherché en vain un lien sur YT ou DM, je n’ai trouvé qu’un téléchargement payant, moyennant enregistrement sur un site… bref… mais on peut écouter la chanson en passant par ici, par exemple :
    http://fr.lyrics.wikia.com/wiki/Julos_Beaucarne/La_libellule
    puis en allant sur le site USDCF.org pour éventuellement la télécharger en mp3.

  7. J’écoute souvent Baraton sur le poste et il en parle sans détours : ne pas tailler, toute taille est une souffrance pour la plante malade et épuisée qui va utiliser ses dernières forces pour se réparer. Se contenter d’enlever le bois mort.
    Merci pour la balade et pas que, les trésors des maisons abandonnées, la libellule, le frigo et… les belles poubelles disparues.

    • Raah la la ! Je me sens nullissime ! Ce n’est pas faute d’avoir cherché pourtant… Bravo et merci ma Reine.
      Tu sais, j’ai un attachement particulier pour cette chanson (ainsi que pour ce si cher et si tendre poète Julos Beaucarne). Quand je la chantais avec mes petits à la maternelle, c’était toujours dans un silence religieux, où les yeux et les bouches grands ouverts étaient ma récompense.
      ;-)

      • oh tu sais, rien de remarquable, je suis juste un chien de chasse avec mes recherches sur le net. c’est probablement une question de choix et/ou d’utilisation des mots-clefs.
        j’aurais bien aimé te voir chanter la libellule à tes mômes !!!! vous deviez être « craquants » !

    • mouais. je crois qu’il parle beaucoup des « tailles » = massacres des arbres et arbustes dans les zones genre france (pluies, hivers, bref climat « normal ») qui finissent comme des cure-dents pointés vers le ciel, non ? je parle de plantes en zone sèche méditerranéenne DEJA malades et épuisées par le manque d’eau, et qui cherchent à « alimenter » leurs rameaux et leurs feuilles. donc réparer les coupes prend à mon avis moins d’énergie qu’alimenter rameaux et feuilles. mais c’est bien la raison pour laquelle je cherche l’information, de la part de gens ayant des jardins en souffrance d’eau. ce qui est mon cas, comme tu sais bien.
      merci pour ta lecture !!! et ton appréciation.

      • trouvé quand même une réponse, pas très spécifique, mais c’est un début !
        « Si vous ne pouvez pas arroser
        En cas de sécheresse, la meilleure solution sera de tailler les végétaux que vous ne pouvez pas arroser. N’hésitez pas à couper les branches de moitié. Il vaut mieux cela plutôt que de perdre la plante ! Dans certains cas, les végétaux se mettent en repos, comme s’il s’agissait de l’hiver. Ce phénomène se produit lorsque le temps s’assèche progressivement, et non pas d’un seul coup.On appelle cela l’estivation, comme l’hibernation. »
        ici : https://www.planfor.fr/jardin-conseils,en-cas-de-secheresse-ou-canicule.html

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