Même les lérots finissent par s’agiter et sortir du nid bien chaud : des plantes

Les dernières années, et je m’en suis plainte assez souvent ici même, la sécheresse a été terrible. Fifis mon proprio m’a dit que des oliviers sont morts de soif !! Il a plu autant voire moins qu’en Tunisie pré-saharienne. Et comme les arbres ont souvent un temps de retard, c’est maintenant qu’on constate les dégats, des pins qui ne reprennent pas et restent comme brûlés (surtout suite à une période de vent desséchant et interminable de l’été passé), mes chers caroubiers tellement déplumés par tant de privations, des zones de buissons et d’arbustes sans aucune trace de vert. Sans parler des abeilles : pas de fleurs, des ruches dévastées, aucune production de miel.

Alors je ne sais pas à quoi nous devons cet hiver béni par les nymphes Hyadès, les pluvieuses, mais dès novembre (ce qui est en accord avec la mythologie), il a plu, mais vraiment plu plu plu. Il a plu en quelques mois plus qu’il n’avait plu en deux ans, et il ne faudrait pas qu’il pleuve plus, ma citerne déborderait ! Tandis qu’en mars l’an passé, on aurait dit juillet ou aoùt, tant la nature était en état de choc hydrique, cette année est dingue de chez dingue. Bon, je ne suis pas bien grande, mais les mauves et diverses moutardes et avoines stériles me dépassent très largement, et ça va devenir vraiment difficile, quand tout cela aura séché, de se balader autour de la maison. J’ai commencé à tailler de petits sentiers pour pouvoir passer, circuler dans le champ au-dessous, mais je dois y aller à la grosse cisaille, les troncs de mauves en particulier sont de vrais troncs, qu’il me faudra carrément scier quand ils seront secs. Bon, mon mimosa était juste en fleurs au dernier très gros orage, donc pas follement exubérant comme l’an passé, mais je ne crache pas dans la soupe : ça pousse, ça fleurit, et on voit même quelques abeilles (le début du printemps était assez triste de ce point de vue : des fleurs, mais pas UNE abeille pour en profiter). Je laisse tout pousser : j’ai vu cette tristesse l’an passé, tristesse des plantes, cette année, tant pis, ça me coince un peu, mais allez-y, poussez , faire des graines, alimentez abeilles et papillons, la chaleur de l’été arrivera assez tôt pour calmer tout ce bel enthousiasme.

Un truc est clair, évident : l’eau c’est la vie. Et chaque jour, je me félicite d’être si frugale en eau, avec mes toilettes sèches et ma récupération des eaux grises. Mais bref, quelques photos de cet hiver-printemps si coloré et florifère !

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Quand j’hésitais à sortir à cause du froid, et aussi parce que parce que (l’infractus, du coup un peu de déprime et d’angoisse pas faciles à gérer ni à digérer), mon petit Tillandsia, que j’ai acheté en l’état sur un coup de folie en passant devant un magasin de plantes, m’a égayé la vision. Il a limité son humeur festive à cette unique fleur, ensuite la bractée (je crois que cela se nomme ainsi) est devenu verte, et depuis je ne sais pas très bien quoi en faire, c’est une plante absolument inadaptée à ce climat insulaire…

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Alors si on me demande la couleur dominante des fleurs en Ecosse, je dirais violet (épilobes, digitales, etc.). Ici, pas de doute, c’est le jaune, TOUS les jaunes, et tant mieux parce que j’adore cette couleur, elle me fait du bien.

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Ma copine Peggy, qui photographie merveilleusement et obstinément tout ce qui pousse sur le bitume parisien, adore son oxalis triangulaire domestique, avec des feuilles pourpres et des fleurs roses. Mon oxalis en pot (un héritage de la mère de Fifis mon proprio) a des feuilles tout à fait normales, vertes, mais ses fleurs roses pétulantes m’enchantent.

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Et elles sont pétulantes même en noir et blanc !

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Par contre, elles commencent probablement à se sentir à l’étroit dans cet unique pot, et j’attends l’automne pour répartir les bulbes et bulbilles dans plusieurs pots, pour plusieurs plaisirs des yeux. Derrière ce petit massif, une bouture de sureau, donnée l’an passé par Mark (mon sauveur de décembre). Comme le Tillandsia, le sureau n’est pas franchement adapté à nos climats, même s’il est vrai que j’en ai vu un une fois sur l’île absolument florissant (mais je ne me rappelle pas où, et je me demande s’il a survécu à la sécheresse).

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On a eu également plein plein d’anémones (de petites roses charmantes), des muscaris, etc., bref ces petites fleurs de printemps ras du sol que je n’ai pas eu l’idée de portraiturer, par contre j’y ai pensé pour ces iris juste à côté de la maison

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Du côté de chez Marinos, c’est assez la Bérézina (je précise que ce n’est pas un « voisin » à proprement parler, je n’en ai pas, à vrai dire. Simplement, c’est dans le virage en épingle à cheveux qu’il a une étable, le puits, une resserre à outil, et une sorte de chenil calamiteux). Je ne vais pas entrer dans les détails, trop tristes pour aujourd’hui, mais disons que je vais trois ou quatre fois par semaine apporter de bonnes croquettes à son chien Rudi, qui habite par là-bas. Et comme Marinos n’entretient absolument plus le lieu, là aussi la nature est absolument foisonnante. Et un enchantement pour le nez : pour pénétrer dans la zone où je trouve Rudi, il faut piétiner des couches épaisses de camomille, tandis que le verger d’orangers, citronniers, bigaradiers, clémentiniers est juste de l’autre côté du mur : alors une chimie olfactive se fait, et ce mélange de parfums de fleurs d’agrumes et de camomille d’une suavité sublime embaume l’air, et gonfle les poumons ! C’est ma consolation quand je passe voir Rudi (et aussi sa joie d’avoir un peu de compagnie).

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Je n’ai pas encore parlé des capucines !! Cette année n’est pas vraiment terrible terrible pour mes chéries encapuchonnées. L’an dernier, à cause de la sécheresse, il y avait eu peu de fleurs, donc elles se sont peu ressemées, avec moins de diversité dans les couleurs. Mon amie Catherine (qui est venue en septembre et logeait à Galissas) m’a envoyé une cargaison de graines de toutes sortes et couleurs, mais c’est un peu trop tard pour planter cette année, ça sera par contre l’éclate dingue l’an prochain ! Par contre, cette année, s’il y en a moins, elles commencent à coloniser pas mal ma zone, et on voit des plants dans des endroits nouveaux.

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Fifis me donne des artichauts à manger. Mais mon rêve, c’est d’avoir des fleurs, parce que c’est beau et ça sent bon. Cela fait des années que j’essaie d’en planter, sans succès. Cette année, j’en ai planté 4, et seul celui-ci a survécu aux ruisseaux de limaces et d’escargots qui dégoulinent de je sais pas où dès que la nuit tombe, les 3 autres bouffés, voire ratiboisés malgré des strates de cendres, alors que je les ai plantés parmi les capucines qui ne me semblent pas du tout appréciées par les gastéropodes. Mais bon, celui-là me semble bien parti pour grandir et prospérer, et j’en suis fière comme un petit banc !

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Trouvez l’intrus

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Belle année pour les callas côté sud de la maison. J’ai déplacé quelques petits oignons cet hiver (mais vraiment tout petits), parce qu’ils affleuraient sur le sol, et je les ai plantés à l’arrache vers l’entrée et c’est juste ce qu’ils voulaient, changer de terre pour me faire de ces feuilles maousses incroyables… !

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Un petit florilège de fleurs ?

Quand j’habitais la « France voisine », j’avais une magnifique « collection »  de pélargoniums/géraniums (c’est bien la seule chose que j’aie jamais collectionnée de ma vie), qui poussaient à profusion dans mon merveilleux jardin. Bon, absolument rien de comparable avec les géraniums « à balcon » qui ici deviennent des baobabs. Mais de petites choses délicatement parfumées, tendrement colorées, j’en avais plein plein plein. Quitter mon jardin a été une vraie souffrance, à ajouter au reste des chagrins (j’avoue être allée via Google Earth et Google Street View visiter la maison, et le jardin par en dessus, ah, mes arbres, mes arbres… Je ne suis pas sûre de ce que je laisserai à ma mort, à part des chats abandonnés et en danger de mort, par contre j’ai planté beaucoup d’arbres et j’en suis très fière)

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Enfin ! Mes premières lavandes (Lavandula stoechas)! Bon, je m’en suis donné les moyens, j’ai fait ça l’an passé très très méticuleusement, mais ça a payé. Et pour les arroser, entre les 3 plants, j’ai enfoncé un pot à fleurs avec des trous, que je remplis d’eau en même temps que j’arrose la terre autour des plants. Et c’est nécessaire, en tout cas chez moi.

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En pleine lumière, que c’est dur de photographier ces coquelicots mille fois plus lumineux que dans « vos » (nos) contrées !!

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Le jasmin commence à fleurir. Il vieillit, il est étouffé par des volubilis pérennes dont les troncs sont épais comme mes poignets, plein de bois mort, la tonnelle en bois qui le supporte est train de s’effondrer, bref, cata annoncée. En contre-feu, j’ai ramassé à la poubelle un chèvrefeuille qui me remercie beaucoup en poussant de manière délirante, mais pas encore de fleurs, trop tôt.

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La mauve royale (Lavatera arborea). Bon, les mauves « normales » (celles qui cette année me dépassent d’une tête), c’est sympa, les feuilles se bouffent, les fleurs sont petites mais chouchoues. Mais cette mauve là, c’est d’un autre tonneau. Je l’ai déterrée en train de se dessécher d’un gravat en plein cagnard, soigneusement taillée, replantée côté soleil levant en pensant à l’été brûlant, j’ai déjà dû scier des branches qui m’empêchaient de passer, ça va devenir un arbre ce truc, et attention les fleurs !! Du lourd !

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Le pittosporum tobira. En été, à arroser au moins tous les 3-4 jours ! Mais que ça sent bon ces petites fleurs !

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C’est marrant : l’an passé, ou il y a 2 ans, les coquelicots vibraient comme des tissus vermillons partout dans les champs plus en amont de la vallée. Photos merveilleuses de champs rouges rouges rouges. Marinos m’avait dit « Tu verras, ça va se déplacer plus en aval, vers chez toi », et c’est vrai, cette année j’en ai beaucoup autour de la maison. Le vent du nord pousse les graines minuscules, j’imagine.

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Moi, un silène, et je pense tout de suite aux gros silènes de mes Alpes, qui font de si jolies pétarades sur le dos de la main !

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Le champ du bas, quasiment impossible d’y aller tellement les mauves et les moutardes sont énormes et hautes – et déjà fanées. Au premier plan, le câprier où Fifis mon proprio a récolté 12kg de câpres, en venant gentiment quasi tous les jours les cueillir juste à la taille désirée. Et je veille jalousement sur mes agaves, que j’ai tous plantés (je ne suis pas ultra certaine que cela ait été une « bonne » idée…), parce que j’en guette les fleurs…Et surtout les troncs des fleurs qui font des piliers fibreux absolument indestructibles sur le chant ( ? : dans le sens vertical) et qu’on écrase assez facilement (enfin pas tant que ça) en appuyant les côtés.

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Des cyclamens dans le truc noir, et devant, un bouquet de giroflée, offert par Ypatos du magasin de fruits et légumes : là aussi, l’odeur… Je me rappelle très peu de choses de mon grand-père maternel, sinon qu’il aimait les giroflées. Et je me rappelle aussi les giroflées orange de la Place Neuve…

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La petite tombe fleurie de Bizounours et de François… J’y avais planté des oeillets d’Inde, des tagètes, j’adore cette odeur amère, et ces couleurs vives, gaies. Mais quelques jours après la plantation, j’ai retrouvé toutes les fleurs par terre, les tiges totalement bouffées par les escargots qui adorent ces fleurs. Alors je les ai ramassées, mises dans l’eau. Elles tiennent longtemps comme ça. J’y fourre de temps en temps mon nez et je dis « Salut mes pépères aimés ! »

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Balade faite sur le chemin qui monte à Chroussa, si vert maintenant, et si merveilleux en toutes saisons, avec Alitheia et Rudi (qu’on verra dans le next chapter)… Démarrage sur ma route d’arrivée, les champs, les sauges en fleur, la profusion, les odeurs…

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Un pin somptueux, immense. Il y a dans ce coin cet immense pin, un eucalyptus géant, et un cyprès lui aussi géant. J’imagine qu’ils ne crachent pas sur le fait que c’est le fond de la vallée, pas trop chaud l’été, et bien humide pendant les autres saisons. Je tremble à chaque tempête de vent, mais heureusement, la vallée est relativement abritée du vent du nord, et il n’y aurait qu’une tempête de vent venant du sud-est pour vraiment faire des dommages.

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Comme partout, les palmiers meurent (en tout cas, ce type de palmiers). Celui-là était énorme, tout seul de son espèce, en contre-bas de l’ex-jardin botanique du village, j’espérais qu’il sortirait indemne de la catastrophe. Ben non, et il est mort très rapidement. Idem pour un tout petit palmier au bord de la route qui descend à Ermoupoli, bien planqué dans la verdure, lui aussi tout seul de son espèce, et je l’ai vu l’autre jour tout cramé. Mais quelle tristesse !

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Ah, que j’aime cet énorme cyprès, et son tronc qui part tout droit et légèrement torsadé.

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Des ombellifères, mais lesquelles ? Il y en a tellement de sortes, je suis infoutue de les déterminer. Les seules que je reconnais à tous les coups, ce sont les fenouils. Pour les autres, je me méfie, on est au pays de la cigüe quand même…

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Alors, je ne suis pas sûre là non plus, mais je crois bien que ce sont des ormes, et il y en a des centaines tout le long de ce chemin et ce jusqu’en bas de la vallée

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Et là, je ne sais pas du tout. Très très commun dans ce fond de vallée, de petites « forêts » même, je suppose des ailantes, mais rien de sûr.

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Et ceci est le tronc du plus gros « ailante » (les feuilles font assez ailante, mais pas le tronc, d’où mon hésitation)

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Et pour finir, ce petit cactus parce qu’il deviendra grand, avec des fleurs somptueusement rouges (probablement echinopsis, mais pas les mêmes que les roses suavement odorants que je ne peux pas m’empêcher de photographier chaque année), parce que c’est une jolie histoire. Je passais par une petite route dans le coin cet été, de l’autre côté du col, je pile la bagnole après avoir entrevu de belles fleurs rouges (en plein été de sécheresse, un choc visuel), et de l’autre côté d’un mur avec grillage infranchissable, des cactus fleuris. Comme un prédateur, je me mets à longer le mur, essayant de trouver une ouverture, il y avait ces 2 morceaux par terre, détachés d’un plus gros plant, mais impossible de les attraper, en plus avec tous ces piquants… Rhaaaaaaaaa, je râlais de concupiscence devant le grillage… Passe une voiture derrière moi, ils s’arrêtent, un couple de personnes âgées (je me marre in petto, je suis moi-même dans la catégorie ;-) ), ils me demandent si tout va bien. Un peu honteuse, dans mon grec approximatif, je leur explique où j’habite, les fleurs si belles, les 2 bouts par terre, et l’impossiblité de les… hem « voler » ? Nooooon, mais juste de les prendre quoi… Ils me disent qu’ils connaissent la personne qui vient là de temps en temps, ils lui demanderont. Bon, je leur explique un peu mieux où je vis, en général les gens ne trouvent jamais et se perdent totalement, donc tout ça sans aucune illusion, on se sépare après ce petit geste de remerciement réciproque (pour la promesse, pour la tchatche en bord de route) que je trouve tellement charmant (pencher un petit peu la tête, se taper doucement, deux ou trois fois, vers le coeur avec la main gauche, le tout en souriant) et j’oublie. Deux ou trois semaines après, je vois une bagnole in-co-nnue arriver sur ma route, faire un demi-tour merdique sur ce qui me sert de parquinge avec ma bagnole à moi qui prend toute la place, et une dame sortir avec un seau… C’était la dame du couple, le seau contenant les 2 morceaux qui m’avaient fait saliver comme un tigre devant sa proie, juste un petit bonjour, une bise sur la joue, le monsieur tout sourire, « On ne fait que passer, bonne plantation ! », et me voilà avec ma future merveille fleurie !! Depuis, on se reconnaît dans la rue, au supermarket, et après s’être dit bien des choses, on se tapote le creux de l’épaule en souriant !!!

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8 thoughts on “Même les lérots finissent par s’agiter et sortir du nid bien chaud : des plantes

    • absolument. note, c’est qui me plaît avec les capucines, leur côté flashy avec cette forme tellement absurde… merci clo.

    • non, ne chipotons point, quand il pleut ici, le printemps est dingue. mais bon, c’est un peu comme dans le désert : il pleut, c’est la fête aux yeux et aux nez, mais encore faut-il qu’il pleuve. il a plu cette année largement plus en quelques mois que durant les 2 années précédentes additionnées. pourvou qu’ça doure ! et je t’embrasse mon zule !

  1. Quelles merveilles !!!!!!!!!!! MERCI Sylvie pour cette débauche de couleurs ! C’est bien en avance chez toi ! Déjà des capucines ?…..Le printemps est si beau !
    Et je me réjouis de te sentir en forme ! Bises

    • ah les capucines. j’ai l’impression d’être un peu gaga avec/de ces petites merveilles colorées. et cette année, ce printemps, vraiment nous fûmes incroyablement gâtés, grâce à la pluie. merci d’avoir apprécié cette débauche de longueurs d’onde variées ;-)

  2. Combien de merveilles ! Chère Amie Sylvie ! Et le plaisir de vous lire ! Et les fotos ! J’en suis enchantée toujours ! Merci ! Je vais dormir en révant de ces beaux chemins ! Je vous embrasse très fort de bien loin à Rio de Janeiro au Brésil. Renata

    • merci chère amie transatlantique. même si je suis certaine que de votre côté du monde les chemins sont tout aussi somptueux, pour autant qu’on les laisse exister…