Petit manuel d’éducation de l’humain adopté à l’usage du chat.

Du bon usage de l’humain dans la vie du chat.

Dès que tu auras adopté une maman bienveillante et nourricière, un papa papouilleur et  gâteux, tu devras user de patience et de beaucoup d’amour pour les élever correctement, car il te faudra leur laisser la place de se développer harmonieusement tout en vivant agréablement et pleinement ta propre vie.

Chats d'Adolphe-Théophile Steinlein, artiste suisse.

Chats d’Adolphe-Théophile Steinlein.

 

Avant tout, veille à bien dormir la journée, quand la maison est tranquille, pour être en pleine forme la nuit, surtout si tes humains adoptés semblent se tourner souvent dans leur lit, voire se lèvent pour tituber légèrement jusqu’à la salle-de-bains. Ils apprécieront d’être accueillis par tes affectueuses manifestations d’amour dans ces moments difficiles. Durant ces nuits, quelques sauts athlétiques sur l’estomac ou le dos, ou une pause récréative sur le visage de l’humain, ou encore une course sur les jambes, suivie par un jeu interactif avec les doigts de pied renforceront considérablement la relation. Un petit plus ? Le baiser baveux à l’haleine de hyène. Suggestion, si l’humain tarde à se réveiller : le mâchouillage du petit cartilage entre les narines.

Tu as besoin de vomir ? Profites-en pour approfondir les liens. Un petit vomi justement au pied du lit, pendant la nuit, est en général un bon point, surtout si l’humain à l’habitude d’aller pieds nus faire ses besoins. Mais on ne choisit pas toujours où ni quand. Arrange-toi pour trouver des surfaces agréables, une chaise paillée, une couverture moelleuse sur le divan, parfois entre deux coussins de ce divan, tu offres ainsi l’occasion à l’humain de faire ce qu’on appelle un « à fond ». Au pire, contente-toi du clavier de l’ordinateur ou du bac à papier de l’imprimante. Et si tu as de la chance, le repas suivant sera plus délicieux que d’habitude !

Si tu disposes d’un jardin herbeux, ou si ton adopté a prévu une petite barquette d’herbes à croquer, n’hésite pas à en avaler quelques brins chaque jour : cela te permettra de vomir les boules de poils qui se forment dans l’estomac, et les vomissures occasionnées par ces petits en-cas hygiéniques te vaudront quelques attentions, en particulier lorsqu’elles ornent la table du dîner.

Lorsque papa et/ou maman socialisent et reçoivent, repère bien vite l’invité qui te craint ou te hait le plus (c’est celui qui évite ton regard). Ou qui a peur que tu lui laisses des poils sur les habits (en général, ces invités-là sont habillés dans une couleur qui n’est pas la tienne).  N’oublie pas de ronronner très fort lorsque tu t’assieds sur ses genoux, et de lui prendre la main de tes griffes ou de tes dents lorsqu’il cherche à te poser par terre. Une fois par terre, n’hésite pas à insister, et à ressauter sur ces genoux, la confiance est une longue quête. Si vraiment les genoux restent zone interdite, tu pourras toujours te frotter longuement sur les jambes, éventuellement en faisant des S. Un miaulement interrogatif est toujours bien vu.

Si l’invité s’exclame « Oh, quel beau minou !» et te caresse sous le cou, en profiter bien sûr pour le mordre gentiment, puis faire tes griffes sur le pantalon (attention, les faire sur des jambes nues provoque un certain nombre de cris peu agréables à entendre).

Durant le repas, là, aucune hésitation, tu sautes sur la table. Tu montres ainsi ton habilité à courir entre les verres, quitte à passer par quelques assiettes. Pour bien faire comprendre à l’invité le statut des différents acteurs en place, pense à regarder maman et/ou papa avec l’air de « Je fais comme je fais d’habitude, c’est tellement plus convivial et naturel ainsi ». Si ceux-ci te ceinturent brusquement en s’excusant, ne renonce pas, et essaie une étape intermédiaire, les cuisses ou l’arrière de la chaise. Ces positions sont en elles-mêmes intéressantes : depuis les cuisses, tu peux atteindre l’assiette facilement, voire retenter le saut sur la table, et depuis l’arrière de la chaise, tu peux essayer le « J’essaie d’attraper sa nuque d’un magnifique élan de la patte ».

Lorsque l’invité se lève faire ses besoins, accompagne-le : il appréciera ta présence attentive, et s’amusera beaucoup de tes jeux avec ses sous-vêtements ou le jet d’eau. C’est bien sûr l’occasion de faire pipi sur le manteau ou l’écharpe laissés sur le meuble de l’entrée : une expérience agréable car toujours confortable.

Dans la vie courante, tu as mille autres occasions d’éduquer l’humain. De manière générale, si l’humain est manifestement occupé à quelque chose, ne le lâche pas d’une semelle, reste avec lui, et aide-le.

L’humain s’agite aux fourneaux ? Reste bien derrière ses pieds, assis et souriant : un petit risque pour ta queue, mais une bousculade assurée, une exclamation d’excuses, des caresses, et peut-être même un bout de quelque chose à la clef ! Sinon, il y a toujours la position classique de l’observation participante : tu montes là où ça se passe (en général une table, ou la surface lisse qui entoure la cuisinière ou le lavabo) et tu t’investis à fond : il y a toujours des objets amusants ou des choses immangeables à pousser par terre. La règle c’est être là, concerné, actif dans la relation.

L’humain lit ou écrit ? Encore une occasion rêvée pour renforcer les liens ! Sur le clavier, il est techniquement facile d’interagir : position « sur les genoux », la tête sous un des poignets suivi par une légère poussée vers l’avant. Mais te coucher sur le clavier est également fort apprécié, de même te poser, assis et élégant, entre le clavier et l’écran (surtout si tu essaies d’attraper la souris ( !…) ou de choper le curseur). Pour mémoire, mentionnons le jeu « J’attrape tes doigts qui tapotent follement ». Le livre offre également une multitude de possibilités, selon la position du lecteur : couché sur le livre s’il est à plat, attraper les pages qui tournent, les mâcher. De toute façon, il faut te placer systématiquement entre l’humain et le livre. Tout est bon. Toujours accompagner ce jeu de ronronnements puissants. Si la main se met à caresser, ne pas en abuser : l’éducation nécessite parfois d’attraper cette main entre tes quatre pattes, et de pédaler vigoureusement des pattes arrière tout en la mordant. Si d’aventure le livre est laissé à l’abandon ouvert, ne manque pas d’y faire tes griffes, c’est la chance pour toi de montrer ton intérêt pour les activités de l’humain.

Chaque maison possède, presque partout dans le monde, des portes ou des fenêtres. N’accepte jamais que l’une d’elle soit fermée. Pour les ouvrir, place-toi devant, que tu sois dehors ou dedans, et miaule. Pour que le message soit rapidement compris, accompagne les miaulements de grattages : sur les surfaces en bois, c’est plus confortable et rapidement efficace, mais au pire sur les surfaces lisses modernes, sur lesquelles tu essaieras de laisser des traces durables (c’est hélas sans garantie 100% pour les traces, par contre le bruit ainsi produit est en soi un bon stimulant). Ce doit être pratiqué en toutes saisons, et de jour comme de nuit. Ne pas craindre de le faire par grand froid, pluie, tornade ou orage. Tu donnes à l’humain l’occasion de respirer l’air pur du dehors et de prendre ainsi contact avec la Nature, dont il s’éloigne hélas si facilement.

L’humain qui désire rester enfermé dans son biotope quotidien finira éventuellement par t’installer une chatière simple, voire une chatière avec collier aimanté pour l’ouvrir. Lutte contre, par principe : refuse de comprendre le mécanisme (pousser avec le nez ou la patte, passer le sas), place-toi devant, ou derrière, et miaule assis ou couché, montres-en la dangerosité en restant coincé au milieu : le roucoulement d’excuses à ce moment-là compensera bien l’inconfort de la position.  Cela obligera ton papa et ta maman à entrer et sortir 10, 20 fois, voire plus, de la maison pour te montrer comment ça marche. C’est un peu contraignant, mais c’est aussi l’occasion pour eux de faire un peu d’exercice, en partie en plein air ! Si la chatière est électronique, bats-toi contre le collier, essaie de l’enlever avec tes pattes avant (attention de ne pas rester coincé la patte entre ton cou et le collier, ou le cas échéant de ne rester coincé que dans une zone immédiatement accessible à l’humain) : à force de protester, tu auras peut-être gain de cause. Au bout du compte, utilise tout de même cette chatière, c’est une possibilité inespérée pour toi de vivre ta vie dedans ET dehors. En conséquence, tu renonces à forcer ton humain à se déplacer : mais chacun est responsable de son biotope et donc de sa bonne/mauvaise santé, n’est-ce pas ?

Si vraiment tu persistes à penser que la chatière n’est pas LA solution, invite des amies et surtout des amis (si possible des BBB – des Big Balls Boys) à l’expérimenter, ils partageront volontiers ton repas et ton fauteuil. Et ce sera probablement à cette occasion précisément que l’humain renoncera à la chatière (les BBB étant réputés pour laisser quelques traces odoriférantes sur leur passage, ce que réprouve la majeure partie du temps l’humain adopté – comble de l’ingratitude, il râle, mais trouve là l’excuse de faire une fois de plus les « à fond », le plus souvent accroupi, le nez sur les surfaces verticales – encore une occasion pour toi d’aider en restant avec lui, éventuellement en lui montrant où ça sent bon).

Nous parlions des « à fond ». L’humain, entre autres activités traumatisantes lors de ces remue-ménage, passe l’aspirateur. C’est bruyant, ça va partout, ça glisse sur le sol comme un serpent, bref, c’est extrêmement désagréable. Mais voilà une nouvelle occasion de faire de l’exercice : reste toujours dans les parages, le poil dressé, les oreilles à plat, et dès que le mufle pompant s’approche, joue à sauter verticalement sur le premier objet possible. Les rayonnages couverts de verres à pied sont d’excellents moyens de mesurer ton habileté à la réception. Eduquer mais en s’éduquant soi-même, telle est l’astuce !

Une autre activité humaine, celle-ci quotidienne, consiste à faire le lit. Que ce soit lors des grands changements de matériel ou la simple remise en ordre du matin, être là, toujours. La situation « dans les pieds » est une excellente manière d’exercer l’habileté motrice de l’humain. Mais tu peux aussi laisser tomber l’éducation et t’amuser un peu : un jeu pour tous les âges consiste à s’enfiler entre les draps au moment où ils sont défroissés et tendus, et ramper facécieusement dans la petite caverne ainsi formée. L’humain est en général à la fois agacé et amusé, ce qui lui permet, au quotidien et dans une activité somme toute ludique et sans danger, d’explorer ses capacités à la tolérance. Et la plupart du temps, il t’oublie bien vite, ce qui te permet de dormir un bon moment au chaud et à l’ombre, et d’être « redécouvert » plusieurs heures après par l’humain affolé et craignant de t’avoir perdu… Une petite gâterie ensuite est plus que probable !!

Toujours sur le plan des activités quotidiennes de l’humain, ce qui se passe à la salle-de-bains. On a déjà vu que c’était un bon endroit où socialiser des invités. Maintenant, avec l’humain adopté, c’est LE lieu d’une interactivité intime sans égale. L’assister durant ses besoins en y assistant est une évidence sur laquelle on ne reviendra pas. Il est possible de lui apprendre à retenir ses sphincters en tirant préalablement le papier enroulé qui pendouille généralement sur le côté, voire de le déchiqueter en tous petits morceaux : le temps pris par ton papa et/ou ta maman à ramasser les débris est une bonne occasion que tu lui offres pour « retenir » ses besoins. Mais le lavage est également une opportunité où jeu et éducation peuvent se combiner : l’humain se lave les dents ? N’essaie pas de comprendre, et carpe diem : il te suffit d’un saut dans le lavabo pour boire directement sous le robinet, lavabo dans lequel tu peux même te coucher pour une douche rafraîchissante. Et voilà que ton humain émerveillé fonce chercher le caméscope : tu te retrouves sur LeTube, visionné par des millions de gens qui se proposeraient bien à adoption. Ce qui, tu le reconnaîtras, renforce considérablement le sentiment positif que l’humain adopté a déjà à ton égard. Ne jamais négliger le renforcement positif, jamais.

Si tu es un chat dedans-dehors (via la porte, la fenêtre ou la chatière), tu as là l’occasion inespérée de t’occuper de l’alimentation de ton adopté(e). En effet, tu auras constaté à de multiples reprises que l’humain, dans sa manie de se nourrir de choses parfaitement immangeables, accumule les carences alimentaires. Lorsque tu réussis à attraper une proie intéressante, place-la dans un endroit bien visible (le pas de porte ou la descente de lit auront ta préférence). Deux stratégies ensuite : soit tu restes près du cadeau en montrant ton petit ventre doux tout en ronronnant, soit tu t’éclipses discrètement pour laisser l’humain découvrir seul le présent. Un très net « plus » lorsque la proie est encore un peu vivante, ton humain aimera s’en occuper à son tour. Un petit « moins » lorsque la proie (en particulier les reptiles) se glisse sous un tapis ou va mourir dans un coin reculé de la maison. Vomir lorsque tu as toi-même consommé ta proie semble être un gâchis de nourriture : ne le fais que si tu veux faire comprendre l’usage alimentaire de ton cadeau.

 

Il va sans dire, cher ami félin lecteur, que le sujet des bonnes pratiques pour l’adoption d’un humain est immense, il ne s’agit ici que de quelques recommandations basiques et toutes simples pour un élevage harmonieux et aimant des bipèdes que nous accueillons chez eux si volontiers, désireux que nous sommes de leur donner joie, affection et plénitude.

 

 

 

–          Ah Bizule, tu es là… oui ma bichette, viens sur mes genoux m’aider à terminer ce texte…

–          (Je suis sûre qu’elle a envie d’un petit baiser sur le nez avec mâchouille revigorante)

–          Oui Bizule, je sais, tu m’aimes mais enlève tes pattes de mes épaules, et arrête de me mordre le nez, tu peux pas rester tranquille sur mes jambes ?

–          (Et puis je vais lui donner un coup de main, hop je saute sur la table de l’ordi)

–          NOOOOOOOON, putain de merde, pas le caféééééééééééé…………

 

 

 

24 thoughts on “Petit manuel d’éducation de l’humain adopté à l’usage du chat.

  1. Morte de rire. :)) C’est bizarre mais tu connais vraiment très bien les chats, je me demande pourquoi ? :)) Gros bisous Zoze.

  2. Merci pour tous ces bons conseils mais j’ai très bien éduqué l’humain qui se croit mon maître et n’ai pas besoin de ces subterfuges et assurer mon autorité. En outre, je ne vous salue pas, madame, je sais de source sûre que vous avez conseillé à l’humain qui se croit mon maître de m’ôter des parties de moi qui me procurent ces temps-ci de grandes satisfactions. Jacasse.

    • cher jacasse, pense un peu moins à tes testicules, et un peu plus aux femelles que tu mets en cloque et qui s’épuisent physiquement à essayer de maintenir en vie jusqu’à 6 chatons par portée, et parfois 2 fois par an et ce pendant toute leur vie d’adulte, jusqu’à en mourir. sans parler des dizaines de chatons ainsi mis au monde, TES rejetons, le plus souvent malades, affamés, et qui terminent si vite cette vie misérable, agonisant pendant des jours avant de s’éteindre. enfin, tu connais ma position de missionnaire de la stérilisation à cet égard. et embrasse bien ton adopté !

  3. Trop rigolé… ensuite, Lupita est montée sur mes genoux, entre le clavier et l’écran ;o))… j’ai eu peur qu’elle comprenne tout ce que tu as écrit et qu’elle mette en application ce qu’elle n’a pas encore appris depuis une semaine ;o)). Elle a été hyper sage toute la nuit, je l’ai moins été… Elle ne connaît pas encore le P.Q. (normal, elle a été sauvage)… le vomi ? Sais pas encore… je risque d’avoir des surprises ultérieurement…
    En revanche, elle tient vraiment à vérifier régulièrement qu’un de ses congénères ne se soit pas subrepticement introduit dans les placards… elle a d’ailleurs dû se ramasser une gamelle ce matin dans un placard que j’avais oublié de fermer : il y a eu un grand bruit… et puis plus rien. Elle est ensuite sorti tranquille -genre « je ne fais que passer »- du placard à moitié ferméè_uuuuuuuuuuuuuuuuuu
    Bon, ben voilà… ça c’est signé Lupita remontée sur mes genoux avec deux papattes avant sur le clavier ;o)). J’aurais dû l’appeler Gwenaëlle ou Nolwen car j’ai découvert ce matin qu’elle aime beaucoup la galette (au sarrazin) et le beurre demi-sel. Gwenlupita a gagné. J’arrête les commentaires.

    • ton adoption par lupita me fait bien rire, et a inspiré à zozéfine cet opuscule éducatif…merci à vous deux !

  4. Les trois petits monstres qui nous ont adopté récemment ont dû lire ce texte… Si jeunes, et ils savent déjà lire… Étonnant, non ?

    • note, ils arrivent dans un foyer d’humains déjà largement adoptés, et même par des chiens ! les premiers arrivants filent probablement les bons tuyaux aux petits monstres derniers arrivés ??? mais effectivement, c’est troublant ! surveilles-tu assez ton ordi la nuit ?

  5. Bon sang, c’est donc pour ça que, dès que je tourne le dos, je trouve Gwenlupita le nez sur les câbles traînant au-dessous du bureau ??? Je sens qu’elle « check » mes mails entrants la nuit … ah ben non, cette nuit, elle n’a pas bougé du lit ;o)).

  6. Elle a failli bouffer un frelon qu’elle coursait ! Un gros machin au cul jaune… du coup, je suis sortie de la terrasse et encore une fois Lupita a eu du mal à comprendre que j’étais la même personne que celle qui l’a faite charcuter la semaine dernière ;o))… Je l’ai presque vue se gratter la tête ;o)).
    J’ai écrabouillé la grosse bête et suis repartie par mon chemin d’humain (moi je ne peux pas passer sous les troënes, la laissant à son coin de pelouse). ;o))

    • ici, les frelons orientaux sont pas encore de sortie. mais de temps en temps je vois un chat revenir avec une patte grosse comme une saucisse et de fort mauvais poil : c’est qu’il a fait joujoute avec, probablement, un scorpion. mais bon, ça passe (comme pour moi qui me suis fait piquer deux fois par un mesobuthus gibbosus, le gros jaune nord-africain). la vipère serait fatale par contre.

  7. C’est moi… bonjour à tous. Ici Lupita (pourquoi m’a-t-elle donné ce nom hispanique… elle est bête, je suis bretonne). Pendant qu’elle regarde un machin en couleurs où des personnages s’agitent, sautent, courent, lancent une grosse boule noire, et d’autres hurlent des mots incompréhensibles, j’en profite pour vous dire que je sais tout. Je fais comme si c’était elle qui m’avait adoptée mais ça faisait longtemps que je l’avais repérée. Eh, un humain qui pose de la bouffe pour chats sur l’arrière de la maison, là où personne ne passe, histoire qu’on puisse manger tranquillement, c’est vraiment intéressant pour les chats en général, et pour celle que je suis. Ensuite, elle a posé la mangeaille sur sa terrasse. Au moins, on pouvait manger à l’abri, c’était plus pratique. Les humains du coin n’étaient pas particulièrement sympathiques. Certains me chassaient alors que j’avais trouvé la planque dans leur garage. Leur chatte était à l’intérieur… eh, moi j’en profitais pour utiliser la chatière et aller me goinfrer. N’empêche que c’est fatiguant de se débrouiller tout seul pour une chatte de mon gabarit (3,5 kgs)… deux mâles m’ont fait du gringue au début de l’été parce qu’avec le froid qui a sévi tard, tout était calme, moi aussi. Et clic-clac kodak ! J’ai commencé à avoir sacrément faim alors je me suis montrée avec l’un ou l’autre des mâles… elle m’a bien vue, même qu’elle était avec des copains qui s’y connaissaient en chats qui lui ont dit qu’elle risquait d’être grand-mère bientôt. Elle a dû comprendre et du coup, elle me mettait de quoi croûter plus régulièrement. Je l’avais harponnée… un jour, elle a approché sa main pendant que je mangeais ses délicieuses boulettes en sauce, j’ai fait semblant de cracher… pas trop fort pour ne pas la décourager… Après tout, il faut me mériter.
    J’avais donc testé la mentalité de l’habitante… me restait à tester son domicile. Elle m’a un peu ouvert la porte… aaaaah, mais ça me plaisait bien… de l’osier, des kilims, un tapis baloutch pour me faire les griffes… des canapés bien rembourrés… J’avais ferré la bonne cliente. J’ai donc immédiatement changé d’attitude, me suis laissée caresser le ventre (tout en la surveillant du coin de l’oeil, on ne sait jamais avec ces humains), lui ai léchoté les mains (on léchote la main qui nous nourrit est une directive chatesque). J’avais une faim de loup, avec ces machins qui poussaient dans mon ventre. Elle m’a vraiment bien nourrie. Et puis du jour au lendemain, alors que j’avais été super sympa avec elle, je me suis retrouvée dans une caisse qui puait, après je ne sais plus… j’ai passé du temps en cage en tout cas.
    Maintenant, je suis de retour à ma maison. Quel pied ! Je n’ai plus à escalader des barrières 10 fois plus hautes que moi, à courir pour échapper aux engueulades de la dame d’à côté, et j’ai droit à du poisson cuit, de bonnes croquettes… Je fais semblant d’être encore affamée pour la tester quelques jours… n’empêche que les portes qui m’étaient fermées me sont maintenant ouvertes, je peux fouiller partout, inspecter tout, jusqu’au fond de la malle-cabine où traînent encore des odeurs d’une commère. Le soir, quand elle descend le store extérieur, je fais exprès de l’embêter : je fais comme si j’avais une envie soudaine de sortir… genre « encore un dernier petit pipi avant la nuit »… et puis alors qu’elle m’appelle pour pouvoir aller se coucher, je me planque -jamais très loin de la fenêtre, eh, c’est que j’en ai marre de passer mes nuits à l’extérieur, j’ai eu trop froid depuis ma naissance-. Elle s’énerve, peste et j’adore ça… alors je rentre en courant et quand elle veut fermer la porte-fenêtre, ça me démange trop de l’embêter… alors je ressors… parce que j’ai aussi envie d’être de l’autre côté, comme elle a dit, la rédactrice Zozé… Je sais que ça l’embête mais moi ça me distrait et puis il faut s’appliquer à avoir une attitude typiquement chat pour se faire apprécier. A quoi bon obéir ? C’est mieux de n’en faire qu’à sa tête. N’empêche qu’en quelques jours, je l’ai complètement mise sous ma coupe, la grande. Elle m’a cédé la moitié du canapé… pour le lit, c’est tout sauf gagné mais je m’y applique. Ah, la voilà qui revient… il faut que je joue au chat qui dort à papattes fermées… je cours sur le doudou que je lui ai piqué, sur mon canapé. Surtout ne lui dites rien, je suis passée incognito.

    • CQFD !! merci chère lupita pour cette contribution personnelle, qui illustre magnifiquement ce que je résumerais en un « educere educandum » !!! bravo à toi, et surtout chéris ta clo comme ton propre chaton…

    • les chats aiment les humains et surtout adorent les faire rire. je crois que c’est une des choses que j’aime chez les chats et que je ne trouve pas vraiment chez les chiens (même si c’est con de comparer ou de préférer) : ils ont sans aucun doute le sens de l’humour.

  8. ahah mais c’est bien plus drôle de renverser du café (ou de la bière, odeur agréablement tenace), Non mais les chatons bien entreprenants on n’est pas pris parfois de l’envie de les enfermer dans une cage de transport, à poser sur la table à côté de soi, comme un pot de fleur? Qu’ils se tiennent tranquilles 5 minutes.

    • oui, oui, c’est vrai qu’ils nous épuisent tellement ils sont vibrionnants, mais après, quand ça se tasse, quand ce sont des chats adultes, on regrette un peu cette période où ils se hérissent devant une chaussette, courent comme des fous dans un rayon de soleil, et prennent la position spectrale devant un doigt de pied qui bouge. non ?

  9. J’avoue que j’aimerais bien que son 1/4 d’h de « je dois absolument inspecter tous tes placards, monter sur toutes les étagères les plus hautes là, tout de suite » se passe à un autre moment que le soir quand j’ai envie d’aller me coucher mais ça m’a trop dérangée de la voir en cage ;o(( quand elle se remettait de son opération.

    • cette période où tu les vois rarement avec les 4 pattes en même temps sur le sol, tu verras, ça ne dure pas. et après tu en as la nostalgie de ces nuits de joujouttes frénétiques où ta bête peut faire mumuse avec une brindille pendant des heures !

  10. Elle joue (avec sa souris en tissu, avec les ficelles qu’elle trouve super -une qui nouait mes « rope incense » du Népal… ça doit « sentir l’herbe à chat »- Mais elle n’est plus si « jeune » que ça… et il lui arrive d’être très calme…
    Si calme qu’elle m’inquiète : je trouve qu’elle boit trop (quand ma femme de ménage me le dit), qu’elle dort les papattes en rond (et il me semble que tu as écris un jour qu’un chat qui a les papattes en rond souffre)… Mais quand je la vois se goinfrer, ça me rassure. Si elle allait mal, elle ne baffrerait pas comme ça et aurait un poil moins brillant.
    Sinon elle a déjà tous ses petits rituels : bouffe, coucher, chasse aux insectes (en ce moment, libellules et mouches)…
    Et elle est un peu comme « môman » : complètement foldingue après la nuit de la pleine lune ;o))…

    • il me semble t’avoir dit déjà : la papatte en rond, non, c’est ok. c’est la papatte en L (le bas du L à l’extérieur) qui est un signe de souffrance. quant à boire « trop », je sais pas. tu as une quantité de référence. bibu boit vraiment trop, il passe ses journées près de l’eau, voire il dort la tête sur les bords des récipients d’eau… mais ta poulette ? et puis si elle mange des croquettes c’est normal qu’elle boive plus que les chats qui pas, et même c’est vivement recommandé. de toute façon, faut être fataliste : les chats « bourges » meurent d’urémie. à moins de la nourrir à vie de blanc de poulet.

  11. J’ai beaucoup ri, j’ai reconnu beaucoup de mes bébêtes successives : j’en ai eu jusqu’à 17 !
    Actuellement, Diablesse, sa soeur Plume, et Loulou, le fils de Diablesse font mon éducation…
    Léo, le vieux Léo de 12 ans a voulu me montrer comment on torée avec une voiture, le jour de la fête des mères, il me conseille donc du haut de son nuage… et Poppy, dégoûté de tant de brouhaha dans cette maison si mal tenue, s’est fait la malle…
    Pour agrémenter leur aire de jeu, nous avons acheté deux hamsters femelles (séparées) : Indie, celle de ma fille, et Mia, la mienne… Elles égaient nos nuits (elles sont dans les chambres, seul endroit où on peut les isoler des monstrueuses et géantes griffes de nos félins…). de leurs grattements, croquements et pédalements (allez, montez dans la roue; tour gratuit, roulez jeunesse !)
    Et pour couronner le tout, ma fille vient de ramener une ratte à la maison, histoire que les chats se fassent un ciné… Elle n’a pour l’instant pas de nom… nous cherchons… Nous ne l’entendons pas, elle tremble de peur (comme je la comprends, y’a du monde…).
    Dans les projets, il y a un chien… mais on a peur de se lancer… une poule, mais il parait qu’elles ont des puces, une chèvre, voire deux (on les appellerait Agathe et Anaïs), et on envisageait à une époque un cheval et./ ou un âne, voire une vache (j’adore déposer un baiser sur ce mufle si gluant;..), nous hébergeons hirondelles et chauve-souris (Gertrude et Germaine !) et quelques hérissons adeptes réguliers du Bed and Breakfast offert par la maison…
    J’ai donc beaucoup ri ce soir en lisant votre texte, talentueuse personne, je me sens… dans mon élément….

    • ah oui, quant aux rêves d’arche de noé, je me reconnais bien dans votre monde ! un ami m’assure que les poules sont beaucoup plus malignes et drôles que les lapins. et si vous avez un jardin, je crois que ce sont d’excellentes auxiliaires. la personnalité des chèvres est merveilleuse, mais c’est attila après leur passage dans un carré d’herbes (agathe, anaïs et attila…). et aucun doute pour la vache, ne serait-ce que pour le souffle et sa bonne odeur. maintenant que les villages valaisans ont expulsé les vaches à l’extérieur des murs, je suppute à cause des odeurs et des meuglements, l’odeur d’étable mélangée à celle de la neige, du feu de bois et du bois des chalets chauffé par le soleil est une des odeurs qui me manquent le plus. je donnerais beaucoup pour une petite bouteille magique la renfermant. et vos hérissons me font penser soudain qu’il y a un certain temps que je ne vois plus les miens ! et pourtant, on n’est pas encore en hiver (dit-elle, un oeil sur le thermomètre qui marque 19° à 8h du matin… sisisi).
      et si vous trouvez un chien comme alithia (mais j’ai peur qu’elle soit unique), il n’y a pas à hésiter !

      tout ça me fait imaginer que partir en vacances est compliqué, non ??

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