Déboires d’eau

Dès le mois mai, quelques événements récurrents montrent bien qu’on va vers l’été. Bien sûr l’arrivée des hirondelles, mais elles repartent très vite plus au nord, elles savent bien que la saison torride sera sans insectes, car sans fleurs et sans eau.  Mais aussi quelques amis-de-l’été, les précoces, et puis Derek, cet ami néo-zélandais qui fait pendulaire au long cours, et se réinstalle dans sa cave et retrouve ses chats en suivant la chaleur, été austral – été septentrional.

A Chrousa, mai marque le début des ennuis avec l’eau.  La photo ci-dessous résume bien la situation :

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Les gros tuyaux noirs, c’est pas pour moi. Le tuyau d’arrivée de l’eau ici, c’est le minuscule tuyau métallique, qu’on voit continuer sa route à droite vers l’aval de la vallée. Le compteur sur la gauche est connecté à un tuyau d’encore plus petite section en plastique noir. En fait, ce tuyau en plastique, qui ne date que de février cette année, est un immense progrès par rapport à ce que j’avais avant : un tuyau lui également en métal, vieux de 10 ou 20 ans, avec 5 coudes, et ravagé par le calcaire et la rouille.  Maintenant, plus de coude et un beau tuyau intérieurement tout lisse. Mais tout étroit… Donc quand, à 50m en aval, l’immense propriété du Ktima Kanne commence à s’ébrouer après l’hiver, et ouvre les vannes de ses bassins, cuvettes, réservoirs, citernes, pataugeoirs divers, et arrosage des centaines d’arbres qui, très esthétiquement, ponctue les terres de ce domaine, moi, avec ma petite arrivée d’eau riquiqui, je commence à avoir soif…

Petite gâterie : pas de gel dans les Cyclades, il est parfaitement inutile d’enterrer les tuyaux d’eau – comme on le fait chez nous, avec, il faut le dire, un bénéfice secondaire esthétique indéniable. Car en Grèce, ces milliers de kilomètres de tuyaux de toutes sections parcourant les campagnes comme de gros spaghetti, c’est très moche. Au moins ça se voit, du coup on repère facilement les fuites (je positive, là). Alors si le tuyau est en métal, et si, comme dans mon cas, il parcourt en plein soleil plusieurs centaines de mètres depuis le haut de la vallée, autant l’hiver c’est un certain avantage quand il fait soleil (ça tempère l’eau qui sinon est absolument glacée – et je n’ai pas l’eau chaude à la cuisine et beaucoup de vaisselle quotidienne), en été l’eau qui goutte goutte est chaude, voire très chaude :

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Certains jours, le Ktima Kanne oublie d’ouvrir ses vannes et j’ai de l’eau. Alors j’arrose (mais seulement si c’est la nuit : arroser sous le soleil torride des plantes avec de l’eau à 40°, c’est très mauvais). Et pour avoir de l’eau fraîche (froide serait exagéré), je prends l’eau du chauffe-eau non branché. C’est mon joke personnel : pour avoir de l’eau chaude, j’utilise l’eau froide, pour avoir l’eau froide, j’utilise l’eau du chauffe-eau. Mais, bon, c’est le niveau zéro pointé du joke personnel, j’en conviens.

Voilà ci-dessous en images animées mes déboires d’eau ces dernières semaines (j’en ai des heures et sur plusieurs mois et sur plusieurs années… j’avais envie d’aller au distributeur d’eau, ficeler le directeur sur sa chaise et lui passer des heures et des heures de ce que vous verrez dans la vidéo – c’est pas dit que je ne le fasse pas un jour !) :

Faute d’arrosage régulier, beaucoup de plantes meurent. Je passe des heures à remplir goutte à goutte des seaux et des baquets, et les écuelles pour les bêtes. Quand il n’y a plus d’eau du tout, les bouteilles d’eau minérale d’un litre et demi sont là… Mais cuire du riz à l’eau minérale…quand on est fauchée comme moi, ça la fout mal. Pour la machine à laver, j’y vais rarement, à coup d’arrosoirs (remplis goutte à goutte également) et programme ultra-rapide. Quant à me laver, je compte sur les lingettes pour bébé au pire, et au mieux sur mes heures passées à faire la phoquesse marine dans la belle bleue.

De ce point de vue, la fin de l’été est un vrai soulagement !

6 thoughts on “Déboires d’eau

  1. Tes déboires d’eau m’ont rappelé Skopelos, où nous avions passé quelques nuits, dans une location chez l’habitant, tout en haut du village… Nous avions de l’eau de minuit à minuit cinq… Si bien que je suis allée souvent me doucher chez des Français que nous avions rencontrés sur le bac entre Skiathos et Skopelos…
    Bon courage… vivement la fin de l’été !

  2. je crois qu’à part au bord de l’amazone ou en finlande (188’000 lacs), les problèmes d’eau sont contemporains à l’apparition de l’homme. mais que là-dessus se greffe l’immonde rapacité d’une partie de l’humanité assoiffant l’autre partie… je me rappelle le choc, mais un vrai choc, que j’ai ressenti à la vision de The Corporation, et ces salopards qui entendaient interdire le recueil de l’eau de pluie sous couvert de privatisation des eaux en bolivie
    je copie colle :
    « A Cochabamba en Bolivie par exemple, Bechtel a tenté d’intégrer le marché et lorsque les femmes en milieu rural ont puisé l’eau de leur propre puits, elles se sont fait dire par le géant états-uniens « Vous volez notre eau ; nous détenons une concession ». Dans les régions où les gens n’avaient pas les moyens d’acheter l’eau et recueillaient l’eau de pluie sur leurs toits, la multinationale leur a fait savoir que c’était interdit. D’où le slogan du mouvement bolivien anti-Bechtel « They even own the rain! » [« Ils possèdent même la pluie »] ».
    ici : http://bf.9vegetarien.free.fr/9vandanashivaeau.htm

  3. ça me rappelle ma première escapade à Tinos ou la douche et un shampoing me donnèrent du fil à retordre et puis Naxos aussi et ses restrictions, dur dur !!! depuis j’ai gardé un grand respect pour l’eau : no gaspillage…………bon courage Sylvie !

    • je devine le coup de la douche, du shampoing plein les cheveux et ding dong, plus de flotte pour rincer ? et dans ta grotte, monter des litres d’eau ?

      à part le fait que la compagnie des eaux ici m’oblige à être cracra, de toute façon, je suis également très respectueuse de l’eau. avant tout, toilettes sèches, sciure et sacs poubelle, pipi au pied de ma butte de permaculture. d’ailleurs je comprends pas pourquoi les gens (du moins ceux à la campagne, en ville c’est un peu plus compliqué) pratiquent pas plus les toilettes sèches. ça fait plus de 5 ans que je pratique ça, et ça me fait mal chaque fois que, chez les autres, je dois appuyer sur la chasse d’eau ! ensuite toutes les eaux « grises » de la salle de bains partent dans un réservoir qui sert pour arroser les arbres. l’eau de la cuisine part directement dans le terrain, emportant des graines, par exemple des graines de tomates. et comme je fais la vaisselle tous les jours, il y a toujours de l’eau. résultat : chaque année, j’ai des plants de tomates qui poussent à l’extrêmité de la conduite d’eau. très marrant. l’eau du lavabo extérieur, où je nettoie les grandes écuelles et les choses de ce genre à faire dehors, part aussi dans le terrain, dans un énorme massif de géraniums qui reste vert l’été malgré la chaleur torride. bon, savon bio obligatoire, et pas d’utilisation de trucs corrosifs, chimiques, etc. des fois, c’est assez contraignant.

      la déclivité du tuyau de la cuisine est quasi nul, les détritus s’accumulent dedans, et 2 ou 3 fois par an, ça se bouche, et je dois déboucher ce tuyau. et le seul truc qui marche, c’est une énorme casserole d’eau bouillante… je viens de le faire, et mes plants de tomate n’ont pas du tout apprécié l’eau bouillante. pas de tomates en septembre !

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